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A PROPOS DE
sep1938

La guerre est bien loin, maintenant. L'Amérique pousse un grand soupir de soulagement, et son mode de vie est libre de toute retenue. Après une très longue crise et une longue guerre, les américains sont prêts à rire avec Norman Rockwell de leurs travers et de leurs manies, comme  de se réjouir de leurs bonheurs et de leur prospérité retrouvés.
Ses couvertures de l'époque pour le Post sont bourrées de détails et d'accessoires, de nombreux personnages les font vivre. Elles décrivent la nouvelle société de consommation qui s'installe aux USA.
Les gens revivent, ils sortent, ils s'habillent, ils font de la musique, ils installent la télévision, ils vont au café, ils font du sport, ils vont au stade...
Rockwell est plus que jamais présent dans le quotidien des Américains
Un dernier regard sur les années 40' et voilà les années 50' qui arrivent... En route !

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258eme couverture  #258  1949 03 19 The Prom Dress (? x ?cm)

 
Cette jeune fille a reçu sa robe pour le bal de la promo ( "Prom" est pour promotion ) et se demande bien si son look habituel - jean et chemise - va bien s'en accomoder...C'est une certaine Catherine Smith Burow* qui a pris la pose* pour le peintre.
Elle a l'air bien embêtée avec cette robe. Elle vient juste de la recevoir et de la sortir de son carton.
Apparemment, ce n'est pas le genre de vêtements qu'elle porte habituellement ! Et les petites chaussures dorées - posées sur le lit - qu'elle a régalement reçues vont bien la changer des sandales et des chaussures de sport qu'on aperçoit dans le placard.
Rockwell s'est tout particulièrement appliqué à la description de l'appartement* de la jeune étudiante. Les habits, bien rangés dans le placard, le pyjama qui pend, les patins à glace, le lit bien tiré, le "bazar" dans la table de chevet. L'appartement ne doit pas être très grand !
Moi, c'est le regard de la jeune fille que j'aime beaucoup. "Est-ce que je vais pouvoir mettre "ÇA" ? Ne vais-je pas être trop ridicule, là dedans? Je ne pourrai jamais faire le moindre mouvement, je serai trop serrée !" Mais nul doute qu'après une ou deux danses maladroites, ses scrupules disparaitront et ce bal deviendra un des plus beaux souvenirs de sa vie.

Rockwell s'est attelé à cette couverture fin 1948*. C'était l'hiver à Arlington, et il ne trouvait pas l'éclairage qu'il souhaitait dans le Vermont. Alors, il fit ses valises, prit son matériel et s'envola pour le sud de la Californie où le climat était beaucoup plus clément en cette période. Il loua un studio au Los Angeles County Art Institute et se mit au travail.
Hélas ! Etant un adepte de la lumière naturelle, il se rendit vite compte que le studio n'offrait qu'un pauvre éclairage inadapté...
Eh bien, il prit tous son matériel et alla s'installer dans les sanitaires réservés aux hommes et obtint ainsi l'éclairage souhaité !

Ce magazine est le premièr que j'ai acheté le 20 Février 2008. Depuis, 322 autres l'ont rejoint et pas une seule couverture de Rockwell pour le Post ne manque à l'appel...
"Prom Dress" représente un peu pour moi le "Sou Fétiche" de l'oncle Picsou, celui par lequel tout à commencé...
Vous comprendrez sans peine comme j'y suis attaché !

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
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259eme couverture #259 1949 04 23 Bottom of the Sixth (109 x 104cm)

Pendant la saison 1948 de Baseball, Rockwell visita le stade "Ebbets Field", terrain des New York’s Brooklyn Dodgers. Il s’attacha les services d’un photographe et celui-ci prit des photos des joueurs, des arbitres et du stade. Il avait ainsi toute la matière nécessaire à la réalisation de la couverture du Post qui paraitra le 1949 04 23 "Bottom of the Sixth" (aussi intitulée "The Three Umpires", "Game called because of Rain" ou encore "Tough Call"). Il emmena donc toutes ses photos avec lui en Californie où il était parti avec sa famille pour l’hiver. Ainsi, il put se mettre au travail au chaud soleil de la Côte Ouest.
 
Ce tableau fameux de Rockwell nous montre un moment important de jeu pendant la partie de Baseball qui oppose deux équipes rivales de la National League, les Brooklyn Dodgers contre les Pittsburgh Pirates. Il est à noter que la franchise de Brooklyn déménagea en Californie en 1958 et s'appelle depuis "Los Angeles Dodgers".
Rockwell a peint ce tableau durant l’hiver 1948/1949 pour une parution en couverture du Post  le 1949 04 23. Elle retrace un épisode de la saison 1948.
Les Dodgers de Brooklyn utilisèrent trois managers durant la saison 1948. Il y eu d’abord Leo Durocher, qui fut remplacé pour quelques matches par Ray Blades, et Burt Shotton finit la saison. Shotton avait fait monter les Dodgers en National League en 1947. On se rappelle de lui comme étant le dernier des managers à s’habiller pendant les matches avec ses habits de ville, au lieu de porter le même uniforme que ses joueurs.
Le manager des Pittsburg Pirates était Billie Meyer. Il n’a pas l’air très heureux sur ce tableau. Et celui qui discute avec lui est Clyde Sukeforth, batteur des Dodgers, et qui tient ici le rôle du manager.
Au fond, à droite, on aperçoit deux joueurs de Pittsburgh, Johhny Hopp, qui fut retenu sur la liste des All Stars en 1946 et Ralph Kiner, qui marqua plus de 50 home runs en 1947 et 1949.
Le troisième joueur de Pittsburg, à gauche, est Fred Dixie Walker*, qui mena l’équipe de 1948, battant le meilleur score de la saison qui était de 318.
Les trois personnages centraux sont les arbitres* ("Umpires"). Il sagit de Larry Goetz (1895-1962), John Bears Reardon (1897-1984)and Lou Jorda (1893-1964).
Les Dodgers, en retard au score*, comptent sur l’arrêt de la pluie, ce qui leur permettrait de reprendre le jeu et d’avoir des chances de marquer pour au moins égaliser, voire gagner la partie. Mais si la pluie continue, les arbitres vont arrêter la partie et les Pirates seront déclarés vainqueurs.
 
Mais il existe au moins trois interprétations différentes la discussion des deux managers* derrière les arbitres

-- On trouve la première version dans le livre " NORMAN ROCKWELL  AND THE SATURDAY EVENING POST Vol III " par D. &  M. STOLTZ (© The Four S 1976 ) (The Later Years 1943-1971) p 85. Voici ce qu’en disent les frères Stolz :
"Sur cette couverture de 1949, Norman a choisi de ne pas montrer le jeu en lui-même,  mais préfère nous montrer à la place ce grand moment où le jeu va arriver à son terme plus tôt que prévu à cause de la météo. Le batteur des Dodgers, montrant le ciel avec son doigt, est très heureux que les Pirates mènent d’un home run, car le score ne pourra être officialisé que si les Dodgers ont une nouvelle opportunité de reprendre le jeu. Les Pirates sont prêts à jouer et attendent les Dodgers. Mais la pluie est du côté des Dodgers, car si le jeu ne reprend pas, la partie sera nulle et à rejouer. Tout le monde est suspendu à la décision des arbitres."
Donc pour les frères Stoltz, Clyde Sukeforth est heureux car la pluie va continuer, et le match sera à rejouer.
-- La deuxième version se trouve à la page 365 du livre NORMAN ROCKWELL 332 MAGAZINE COVERS par Christopher Finch ( © 1997 Abbeville Press )
Voilà ce qu’en dit l’auteur :
Le batteur des Dodgers, Clyde Sukeforth, est heureux car la pluie va s’arrêter et le jeu va pouvoir reprendre, laissant une chance aux Dodgers de remonter au score, voire de gagner.
Donc, pour Christopher Finch, la pluie va s'arrêter.
-- La troisième version se trouve sur le site web du Norman Rockwell Museum. L’auteur du texte, qui n’est pas crédité, nous raconte :
“Bottom of the Sixth” fut très bien accueilli par le public. On y voit les trois arbitres - Larry Goetz, Beans Reardon, and Lou Jorda – prendre une décision à cause du mauvais temps. Le score est de 1-0 pour Pittsburg, aussi, si le jeu s’arrête, la victoire est pour Pittsburg.
Certains lecteurs se sont demandés pour quoi le manager des Pirates semble si déçu. Aussi, dans le but d’éclaircir les lecteurs sur le scénario peint par Rockwell, le Post écrivit :
« Dans ce tableau, Clyde Sukeforth, le batteur des Dodgers, pourrait dire "Vous pouvez bien être tout mouillé, mais il ne pleut plus une goutte !" ce à quoi Billie Meyer ne manquerait pas de répliquer "Pour l’amour de Dieu, comment pourrions nous jouer dans une telle tempête ?!"
Ce qui correspond bien au sens de l’humour de Rockwell !

La colère de Rockwell
Mais une fois que l’illustration fut publiée en couverture du Post, en Avril 1949, c’est un Rockwell plutôt mécontent qui écrivit au directeur du Post, Kenneth Stuart. Rockwell s’était aperçu en effet que l’original de son tableau avait été modifié ! "Le ciel avait été retouché, alors qu’il était mieux comme je l’avais conçu et réalisé !"
Les photos de Rockwell en train de peindre son tableau* montrent en effet que tous les nuages qui couvrent la gauche  du tableau étaient gris foncé alors que la version publiée montre un ciel bleu avec quelques nuages blancs sur la droite de l’œuvre ! Et les uniformes des Dodgers avaient été foncés…
Qui avait repeint l’œuvre de Rockwell ?
Dans les années 1940, le Post employait un artiste retoucheur - William H. Rapp – pour faire quelques modifications pré-publication concernant la taille, l’emplacement de la signature, le remplacement de noms de marques publicitaires par des marques imaginaires, l’élimination de marques déposées,  et d’autres « bricoles » à la demande des éditeurs.
En plus du ciel et des uniformes pour cette couverture, Rapp sévit encore sur trois autres couvertures de Rockwell publiées en 1948 et 1949, sous la direction de Stuart. (Citons la couverture à double panneau "Before The Date" du 1949 09 24, dont nous reparlerons)
Après que la quatrième couverture fut modifiée, Rockwell mis les choses au point. Il écrivit une lettre aux éditeurs où il résumait ainsi la situation :
"Ces modifications de mon travail sans mon consentement et derrière mon dos ne me sont jamais arrivées avant avec le Post ou tout autre magazine. Je prends cela très au sérieux. Comme vous le savez, j’ai toujours accepté les modifications que l’on me demandait, ou le refus d’une couverture, mais je ressens le fait que mon œuvre soit retouchée par quelqu’un d’autre comme complètement contraire à l’éthique. Je ne peux pas continuer à peindre avec la menace de tels changements en permanence au dessus de ma tête."
Ayant conscience de l’importance de Rockwell pour le magazine, les protestations du peintre eurent pour effet un changement dans le protocole. En plus de l’avis de Stuart, il faudrait maintenant que le rédacteur en chef, Ben Hibbs, et le manager général, Robert Fuoss voient aussi le travail de Rockwell et le consultent ensuite pour lui soumettre les éventuels changements.

Mais plus rien ne sera plus comme avant pour Rockwell vis-à-vis du Post, et la situation se dégradera jusqu’à la fin 1963 où Rockwell quittera le Post.
Les années Lorimer étaient bien loin…
L’original de cette peinture qui mesure 109 x 104 cm, fait partie de la collection  du "National Baseball Hall of Fame" à Cooperstown, dans l’Etat de New York.
Ce tableau fut offert par Norman Rockwell et Curtis Publishing.
Le dessin original*, qui mesure quant à lui 119,5 x 111,5 cm, se trouve à la National Baseball Library, également à Cooperstown.

Bien que non pratiquant de sport, Rockwell aimait bien le baseball, et il le représenta souvent sur les couvertures du Post, sans compter les allusions à ce sport comme dans "Star Struck" où l'on voit le gant et la balle sous le chien, "Returning from Camp" où la batte est accrochée à la valise ou  bien encore "A Day in the Life of a Boy" où le baseball est une des activités du jeune garçon. Et on peut aussi rajouter "New Glasses", où le gamin en rogne après l'ophtalmologiste est venu à la visite avec son gant et sa casquette de baseball...

Pour rédiger cet article, je me suis aidé particulièrement de deux sites qui sont des mines d'informations :
www.best-norman-rockwell-art.com
www.nrm.org
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.

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260eme couverture #260 1949 07 09 Roadblock (Traffic Conditions) (76 x 58,5cm)

Dans ce tableau, Norman Rockwell nous montre comment une toute petite créature peut paralyser presque totalement le monde qui l’entoure. C’est l’effet papillon…
La scène se passe à Los Angeles, au coin de la 7ème rue et de Rempart Boulevard
Ce petit bulldog bloque toute l’allée. Non seulement il empêche le camion d’avancer, mais les nombreuses personnes présentes à cette endroit ont toutes arrêté leur activité
Il y avait à l’origine 24 personnages sur ce tableau*, mais le bandeau du Post en masque un, et les trois passagers de la voiture ont disparu. Peut-être un recadrage demandé par les éditeurs du Post, et exécuté par William H. Rapp, le retoucheur en chef du magazine ? (Voir l'article précédent "Bottom of the Sixth")…
Sûrement pas content, Norman !
En tout cas , ils ne sont plus que 20 en couverture du Post… non compris le bulldog, le chat et les pigeons !
Au départ, Rockwell voulait un camion rouge, mais celui qu’il avait réservé auprès de la « Bekins Storage » était blanc*, comme toute leur flotte, d’ailleurs… Aucun problème ! Bekins fit repeindre le camion en rouge! On ne regarde pas à la dépense quand c’est pour le peintre préféré des Américains !
Le chauffeur du camion semble perdre patience, alors que le copilote (comment est-il sorti du camion, au fait ?...) déploie des trésors de diplomatie pour décider le chien à décamper.
Le laveur de carreaux s’est arrêté, et le facteur stoppe un instant sa tournée pour regarder, goguenard.
La femme sur son balcon est en transes ! C’est sûrement son chien qui est en bas, et elle imagine le pire pour lui. Elle vient de finir d’étendre son linge. Son mari et son petit-fils regardent également la scène, mais semblent beaucoup moins stressés que la mère qui rigole, penchée à la fenêtre.
Au deuxième étage, le professeur de violon attend son élève, coincé par la scène sur le côté opposé
La cycliste a dû descendre de sa bicyclette, impossible pour elle de passer. Elle prend son mal en patience en attendant que la situation se décante. Les enfants ont accouru, sûrement alertés par les cris divers et les coups de klaxon du camion.
La voiture devant le camion est bloquée. Cela amuse les passagers de l’automobile. L’homme à gauche est descendu de l’automobile et semble nous monter le coquasse de la scène. (Il s’agit en fait d’Henry Dahl, peintre et ami de Rockwell. Celui-ci lui a d’ailleurs dédicacé une des esquisses* réalisées pour ce tableau " This is my good friend / Autore Henry Dahl / his mouth isn't really/ this large /sincerely /Norman Rockwell " - "Ceci est mon bon ami / l’auteur Henry Dahl / Sa bouche n’est pas aussi grande en réalité/Cordialement/ Norman Rockwell-" )
Par contre, cela n’amuse pas du tout la dame au chapeau, juste à côté de l’élève-musicien. Elle a les lèvres pincées (et sûrement aussi le cul serré !) et se demande bien dans quel quartier elle se trouve. Ce n’est visiblement pas son monde…La petite fille semble songeuse, et la femme derrière elle profite de cette pause inopinée pour mettre le nez dehors.
Tout en haut, un quidam est penché à la fenêtre pour savoir à quoi rime tout ce tintamarre.
Le chat, les poils dressés, regarde son ennemi intime se faire supplier de partir, et un pigeon profite de cette inattention passagère du chat pour se poser sur la corde à linge.
Le peintre fait une pose pour donner son avis, et son modèle s’est vite rhabillé pour profiter elle aussi de la scène.
Comment tout cela va-t-il se terminer ?
Peut-être que la solution serait de redémarrer le camion pour que le bulldog prenne peur et déguerpisse ?
Retrouvez ici*, là aussi* et encore là* quelques uns des modèles qui ont posé pour cette couverture.
Au fait, le jeune garçon avec le violon n’est autre qu’un autoportrait de Norman Rockwell qui nous rappelle ainsi que quand il était enfant, il avait pris deux leçons de violon. Il a été bien avisé de ne pas persister dans cette voie et de se trouver une autre passion artistique que la musique en développant son don pour la peinture !
 
A propos de l’artiste peintre qui apparaît à la fenêtre, il s’agit de Joe Mugnaini*. Rockwell l’avait rencontré lors du séjour qu’il fit à Los Angeles fin 1948 début 1949. Ils devinrent rapidement amis et Rockwell a tenu à le faire apparaître sur la couverture du Post. Il demanda même aux éditeurs de citer Joe dans un article. (Plus tard, Joe Mugnaini fut un des meilleurs illustrateurs – le plus connu et reconnu -  des nouvelles de Ray Bradbury)
Un des sketches de « Roadblock » lui est d’ailleurs dédicacé*. Voici d’autres esquisses* et crayonnés* réalisés pour cette couverture.
 
Dans son livre polémique "American Mirror : The Life and Art of Norman Rockwell" paru l’année dernière, Deborah Solomon laisse entendre que cette amitié pour Joe Mugnaini était plutôt particulière,(à partir du 2ème paragraphe)** au même titre que l’amitié qui liait Rockwell et Fred Hildebrandt (à partir du 3ème paragraphe )*** Solomon veut à tout prix voir des pulsions homosexuelles dans la démarche de Rockwell et nous parle même d’attirance pédophile dans ses tableaux réalisés avec les enfants. Mais qu’elle lui foute donc la paix ! On s’en tamponne ! Est- ce qu’on s’occupe de ses pratiques sexuelles, à Solomon ? Ça l’avance à quoi de vouloir discréditer un artiste adulé, surtout que ce ne sont que suppositions, elle n’avance aucune preuve ! Son livre s’est bien vendu, c’est sûrement ce qu’elle recherchait. Mais la famille de Rockwell a protesté contre un livre qu'elle qualifie de "pure fiction"****.
Et de nombreux journalistes ont dézingué ses arguments et pris parti en faveur du peintre.*****
Affaire à suivre…

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
** Extrait du livre "American Mirror : The Life and Art of Norman Rockwell" par  Deborah Solomon chez Farrar, Straus & Giroux 2013 ©
*** "Inside America's great romance with Norman Rockwell" :  Article paru en octobre 2013 sur www.smithonian.com
**** Article paru le 04 Décembre 2013 sur www.csmonitor.com
***** Article "False Portrait" du 10 Décembre 2013 sur le site www.firstthing.com par Patrick Toner

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A PROPOS DE
sep1938

Norman Rockwell était un fan de la bicyclette. Moyen de transport écologiste, pas de bruit, pollution inexistante, c'était un bon moyen de faire un peu d'exercice physique.
Rockwell n'a jamais été attiré par le sport, comme en témoigne sa couverture "Be a Man" du 1922 04 29 (Voir l'article sur "Rockwell 1922"), mais il ne rechignait pas à une petite ballade solitaire ou en famille.
Dans le cadre de son travail, il invitait parfois son modèle à une ballade cycliste, comme ici en 1974 avec le célèbre golfeur Arnold Palmer (Bientôt un article sur le portrait qu'en a fait Norman Rockwell), ou bien alors le vélo devenait un accessoire, comme pendant la campagne publicitaire pour la PANAM, " Around the World with PANAM", en 1955. (Voir article sur la PANAM sur la page "Pubs 05").
Cette campagne publicitaire pour la PANAM fut d'ailleurs, de l'aveu même de Rockwell, son plus grand fiasco (Avec le calendrier de 1946 "Mrs O'Leary and her Cow" - voir la Rubrique "A propos de Norman Rockwell sur la page "Calendriers"). La PANAM refusa la majorité des sketches de Rockwell pour ne garder finalement que quatre illustrations...
Au début de sa carrière, Rockwell fit beaucoup de publicités mettant en scène des vélos. Il était alors le directeur artistique de la revue "Boy's Life", la revue des Boy Scouts of America. (Voir divers articles sur les Boy Scouts of America sur les pages "Autres Magazines 01", "Divers Rockwell", "Pochettes de Disques" et "Calendriers Boy Scouts of America")
Les scouts se déplaçaient beaucoup à vélo, et la jeunesse qui n'avait pas les moyens de s'acheter une automobile dans ces années 1910's/1920's trouvait son bonheur dans l'utilisation de la bicyclette
Voici celles pour "Fisk", le fabricant de pneumatiques (Retrouvez l'article sur "Fisk" sur la page "Pubs 04") Et puis Fisk avait aussi créé un club pour les jeunes gens, le "Fisk Club" qui fournissait certains avantages à ses membres.
Mais Rockwell a également eu des contrats pour d'autres marques, comme "BF Goodrich" (Voir l'article sur BF Goodrich sur la page "Pubs 04" ) ou pour la "Cycle Trades of America", l'Union Américaine des fabricants de vélos.
Rockwell s'est représenté plusieurs fois à vélo, dont l'illustration pour la PANAM. On le retrouve aussi en 1971, faisant une ballade avec Molly, sa troisième femme, et un couple d'amis. La scène se passe à Stockbridge, et Rockwell était alors dans sa 78ème année. Cette illustration est parue dans le magazine "Look" du 1971 06 01.
Le vélo de Norman Rockwell est visible au Norman Rockwell Museum à Stockbridge, Massachusetts. Nul doute qu'il soit considéré là-bas comme un trésor !
Et sur le site web du Musée, on trouve même le trajet de promenade que faisait régulièrement Rockwell pour se maintenir en forme ! C'est maintenant une piste cyclable qui porte son nom !

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261eme couverture #261 1949 09 24 Before the Date (81,5 x 40,5cm chaque panneau)

Cette couverture de Norman Rockwell, comme on peut le voir, se compose en fait de deux tableaux. Le premier avec la jeune femme, et le deuxième avec le jeune homme.
Elle est entrain de préparer sa coiffure* avant de finir de s’habiller. On le sait, car elle a des pinces à cheveux dans la bouche
On ne peut pas trop dire si le vêtement qu’elle porte est sa robe ou sa combinaison. Si c’est cette dernière, le tableau est plutôt tendancieux pour 1949 (l’Amérique est très prude et puritaine dans ces années là !), et il semble bien que ce soit une combinaison, car la robe et les chaussures qu’elle s’apprête à mettre sont posées sur le lit. D’ailleurs cette robe correspond à celle qu’elle porte sur la photo qui est punaisée sur le mur du jeune homme.
Ses bas sont renforcés et la couture remonte jusqu’en haut.
Elle a déjà enlevé sa tenue de serveuse et celle-ci pend à la tête du lit pour la prochaine fois. Si le jour représenté est un samedi, alors elle ne travaillera pas le lendemain, car on ne travaille pas le dimanche dans ces années là. Ce qui explique qu’elle se prépare pour sortir… et retrouver son ami dont on voit la photo à côté du miroir.*
Tous les petits détails qui rendent une peinture de  Rockwell authentique sont présents dans l’arrière plan. Le motif du papier-peint* est rendu avec un grand souci de réalisme. Sur le meuble, on peut voir le flacon de parfum et les produits de beauté qu’utilise la jeune fille et une autre paire de bas pend d’un tiroir.
Est-elle presque prête ou bien sera-t-elle en retard comme toutes les femmes qui se préparent ?
C’est une certaine Beverly Walters Carlson qui servit de modèle pour cette couverture.
Rockwell se trouvait à cette époque en Californie, il avait besoin de changer d’air, et il réalisa plusieurs de ses couvertures là-bas en 1949.
Il fit aussi poser* un nommé Fred Beilfus* pour la deuxième partie de cette couverture. La pièce représentée sur le tableau est celle là même que Fred occupait au Snedden Ranch de Lockwood Valley dans le Conté de Ventura, Californie.
En regardant la photo de lui qui se trouve sur le premier tableau, on peut voir qu’il a une coiffure une raie au milieu. Et il est en train de faire la même chose devant son miroir*, mais il aurait bien un épi récalcitrant !
Les détails de sa chambre sont aussi très bien rendus par Rockwell. Cette pièce semble quand même plus désordonnée que celle de la jeune fille, mais après tout, c’est une chambre de mec, non ?!
Un pistolet pend en haut de la fenêtre, ainsi qu’une tapette à mouche. Sur le meuble, une bassine pour se laver, du savon, et une serviette. Et puis de produits de beauté, comme de l’eau de Cologne et de l’after-shave. Plus une solution pour se rincer la bouche, on ne sait jamais Sur le mur, on trouve les photos de ceux qu’il aime, c'est-à-dire la jeune fille, et son cheval favori, nommé Zip.
Sous la fenêtre, un chapeau de cow-boy et un pantalon à franges sont posées là, ainsi qu’une paire de bottes*. Sa veste de sortie et son Stetson sont posés sur le lit. Deux entrées pour le dancing sont glissées sous le bande du chapeau, prêts pour la soirée. Ses bottes sont cirées. La chemise rouge et le blue-jean sont du plus bel effet. Un foulard rouge pend à une de ses poches, et un harmonica est prêt à jouer une ballade dans l’autre poche.
Il est 18h45, et il est prêt. Mais sûrement il aura un petit peu d’attente avant que sa belle ne soit prête !!**
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C’est cette couverture qui fit déborder le vase pour Rockwell. En effet, de retour de Californie, il s’aperçut qu’une fois de plus (Voir sur cette même page l’article à propos de « Bottom of the Sixth ») sa couverture avait été modifiée par le staff du Post. De même pour la couverture "Roadblock" également sur cette page.
Comme nous le dit Karal Ann Marling dans son livre « ROCKWELL » p.67 & 69 :
 «  Si ses compositions retrouvent à l’occasion l’éclat qu’elles ont connu dans le passé, on sent à l’évidence que le Post ne comble plus les ambitions de l’artiste. En outre, certains conflits avec la direction se multiplient. Ken Stuart commence à refuser certaines de ses propositions, au nom de ce qu’il estime être la « couverture Rockwell » idéale. Il exige de plus en plus souvent des modifications, une fois la toile achevée. Avec la prédominance croissante du magazine photo, - dont « Life » fut le premier exemple -, les illustrateurs ne sont plus essentiels au succès d’une couverture. Surtout si, comme pour Rockwell, on leur laisse le libre choix des sujets, sans tenir compte de la politique éditoriale, ni des préférences supposées du public.
A l’automne 49, persuadé qu’il connaît mieux l’état d’esprit des lecteurs du Post que Rockwell, il fait retoucher une partie du tableau sans en avertir son auteur.  Les raisons de cette censure sont assez floues : selon la rédaction, la perspective utilisée par l’illustrateur suggérait que le jeune cowboy et sa petite amie s’habillaient dans la même pièce avant leur rendez-vous amoureux. Le tableau était donc immoral. Mais une radiographie a montré que Stuart avait fait effacer le cheval* qui observait son maitre par la fenêtre ouverte, sans qu’on puisse invoquer une quelconque raison de goût ou de bienséance ».
Dans son autobiographie, Rockwell glisse sur l’incident. Mais celui-ci l’a blessé au vif et il a menacé dans une lettre à Kenneth Stuart et Ben Hibbs, le rédacteur en chef, de ne plus donner de couvertures au magazine si il doit être traité comme un tâcheron du pinceau ou un vulgaire moyen de reproduction mécanique. La crise se résout avec le temps, et quelques flatteries de la part de Hibbs. Mais, entre Rockwell et le Post, les choses ne seront plus jamais les mêmes. Et cet incident n’a fait qu’ajouter un problème à une liste déjà longue. »***
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Deux études de Rockwell pour ces tableaux furent volés le 16 février 1978**** ainsi que cinq autres œuvres de Rockwell à Minneapolis, Minesota (6 sur ce lien, auquels il faut rajouter "The Artist (She's my Baby)" du 1927 06 04) lors d’une exposition à la « Elayne Gallerie ». Retrouvez l’histoire rocambolesque de ce vol et de la restitution des tableaux sur la page « Infos Rockwell » dans l’article sur le livre « The Rockwell Heist ».
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*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
** Cet article est la traduction du texte que j'ai trouvé sur le site :
http://www.best-norman-rockwell-art.com/ ". Merci à son auteur, Keith McDonald .
***Cet article est la copie du texte trouvé dans le livre " ROCKWELL "
par KARAL ANN MARLING (© TASCHEN 2005 )
****Ces deux illustrations viennent du livre  " NORMAN ROCKWELL : A DEFINITIVE CATALOGUE " par LAURIE NORTON MOFFATT (© Norman Rockwell Museum 1986)

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262eme couverture #262 1949 11 05 New TV Set (118 x 109cm)


La guerre est loin, l’économie est repartie, ce n’est plus du matériel militaire que l’on fabrique, mais des biens de consommation. A la fin des années 40’s, aux Etats- Unis, les gens commencent à acheter des postes de télévision. Et les antennes qui vont avec !
Cette œuvre de Rockwell tombe donc à pic! Pas de doute, en découvrant cette couverture,  beaucoup de lecteurs du Post associeraient les déboires de ce nouveau « branché » avec ceux qu’ils ont eux-mêmes subis. La télévision publique n'en était qu'à ses balbutiements, et très peu de foyers pouvaient s'équiper.
On voit bien, à travers sa fenêtre ouverte, que l’image de son poste n’est pas très claire ! On entend presque l’homme dire au technicien sur le toit que l’image va bientôt être bonne, qu’il suffit de tourner encore l’antenne un petit chouïa et que ce sera parfait!
Rockwell était encore à Los Angeles quand il créa cette couverture. Il y passa un an, loin d’Arlington et de Philadelphie, où le Post avait ses bureaux. Besoin de changer d’air…
C’est d’ailleurs à Los Angeles qu’il avait rencontré sa femme Mary lors d’un voyage en 1930. Et puis il avait aussi coutume, dans les années 40’s de venir passer les hivers en Californie, loin des frimas du Vermont et de la Nouvelle Angleterre.
Bref, cette scène se déroule dans le quartier d’Adams Street*, à L.A.
Un photographe local, Sam Calder*, s’est mis au service du peintre.
Rockwell a engagé un technicien d’antenne comme modèle et lui a fait faire quelques essais sur un chassis censé représenter la maison qu’il a repèré. Un autre homme tient le rôle du client, mais ils ne furent finalement pas retenus.*
Pendant son séjour à L.A, Rockwell habitait à l’Otis Art Institute, qui deviendra plus tard le Los Angeles County Art Institute. Le peintre avait aussi son propre studio de travail dans le bâtiment.
Ce sont finalement deux étudiants de l’école* qui servirent de modèles pour le tableau. Robert Horton*, qui étudiait l’architecture posa comme le technicien d’antenne, et Jack Farman*, lui aussi étudiant en art, posa en tant que client du technicien.
Rockwell était passé maître dans l’emploi de la photographie dans la réalisation de ses œuvres, et cela lui permettait de soigner le moindre détail. Ses croquis préparatoires* étaient le fil conducteur de la séance de pose.
La maison* est dans le style victorien, et aurait bien besoin d’une bonne restauration! L’église* que Rockwell a représenté sur son tableau est 100% conforme à l’originale.
L’échelle, le bac à fleurs, la télévision, l’antenne*… Il n’a rien inventé, tout  a été immortalisé sur la pellicule par Sam Calder, et il n’y avait plus qu’à les intégrer dans le tableau. Même les pigeons autour du clocher ont été pris en photo ! D’ailleurs, Rockwell lui-même prenait un malin plaisir à les faire s’envoler ! Et comme toujours, il s’investissait beaucoup* pour obtenir ce qu’il voulait de ses modèles et il cherchait lui-même l’accessoire qui donnerait de la crédibilité à son œuvre.
Regardez ! Le nid d’oiseau, le pot de peinture laissé ouvert sur la boite, la Croix Rouge, le bout de tuile qui manque à gauche du bac à fleur, la peinture qui semble bonne à refaire, les pigeons qui volent autour du clocher, le regard plein d’espoir du client, les fils de fer qui tiennent l’évent sur le toit, le pot de fleur de travers, les briquettes manquantes sur la cheminée, l’image floue de la télévision, les bouts de bois cassés sur le motif au dessus de la fenêtre… Tout cela donne corps à cette œuvre, et lui insuffle la vie.
L’homme semble très heureux, d’autant qu’on ne voit pas d’autres antennes aux alentours. C’est peut-être le seul qui aura la télévision dans le coin, alors il doit être très fier.
Cette couverture est la dernière qu’il fit lors de ce voyage en Californie. Il retourna ensuite à Arlington
Le tableau original qui mesure 118cm x 109cm se trouve au Los Angeles County Art Institute. Il fut d’abord offert par le peintre à son ami Ned Crowell, et, quand celui-ci mourut, sa femme en fit don au musée..

J'ai trouvé beaucoup d'informations concernant cette couverture sur le site :
www.best-norman-rockwell-art.com
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.


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