sep16
                     1948 : 7 Couvertures    Index
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Cliquez sur le titre de chaque couverture pour agrandir celle-ci
 
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A PROPOS DU
sep1921

Quelques mots sur l'essor de certains magazines aux détriments d'autres qui n'ont pas su prendre le virage au bon moment. L'avènement de la couleur a été primordial d'un point de vue commercial...

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, les magazines les plus puissants et influents, étaient Harper's, Scribner’s  et The Century Magazine. D’une importance moindre, on trouvait Everybody'sMcClure'sThe American MagazineRedBook, The Cosmopolitan et Leslie’s. (Les liens amènent aux pages Wikipedia en anglais, les articles étant beaucoup plus complets que les quelques lignes succintes des pages en français ) Quelques couvertures ici !
Leur point commun était leur dimensions, 7 pouces sur 9 (soit environ 17,8cm x 22,8cm). Ils avaient tous une bonne centaine de pages de contenu éditorial.
Les autres points de similitude venaient de leur parution mensuelle, et que les publicités étaient regroupées au début et en fin de magazine.
Après la 1ère Guerre Mondiale, la popularité de ces titres commença à décliner, donnant le champ libre à des nouveautés au format plus grand comme The Ladies Home Journal, The Saturday Evening Post, Collier’s ou The Women’s Home Companion. En fait, leurs dimensions étaient de 11 pouces sur 14 et certains d’entre eux étaient hebdomadaires, comme le Post. Ils avaient généralement moins de cent pages et les publicités étaient disséminées à travers tout le magazine. Ceci contribua grandement à leur succès car la vente et le placement de publicités en couleurs de plus en plus nombreuses autorisaient ces magazines à publier un contenu éditorial de plus en plus important. En vingt ans, ils supplantèrent complètement leurs prédécesseurs…
Quelques magazines de cette vieille garde réussirent tout de même leur transition : The American Magazine, RedBook et The Cosmopolitan survécurent mais les autres avaient cessé leur publication vers 1925, ou étaient devenus des magazines essentiellement littéraires.

Cet article est la traduction d’une partie d’un texte de Jim Vadeboncoeur Jr trouvé sur : http://www.bpib.com/illustrat/schaeffe.htm (la partie du texte qui est écrite en rouge )

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251eme couverture #251 1948 01 24 Happy Skiers in a train (Week-end Travelers )
                                         (88 x 71cm)

Cette couverture de Norman Rockwell pourrait presque être autobiographique. Rockwell aimait s’habiller dans des habits toujours tirés à quatre épingles, le nœud papillon vissé sur son cou.
Depuis qu’il habitait dans une région où l’on pouvait pratiquer le ski, il prenait souvent le train à New York pour aller dans le Vermont. Aussi n’était-il pas rare qu’il rencontre des jeunes hommes plein d’énergie, en route vers le comté de Green Mountain pour aller y dévaler les pentes.
« Je m’asseyais là, entouré de tous ces robustes garçons, » disait Rockwell, « et je me sentais de plus en plus anémique ».
Mais comme beaucoup de ses amis aimaient faire du ski, il se décida à prendre des leçons au début des années 50’s. Il pensait à ce moment qu’il pourrait aussi bien continuer que s’arrêter, mais qu’il se sacrifierait bien pour ceux qui aiment cela ! L’image qu’il donnait sur des skis était celle de glissades et de dérapages permanents !
Pour être sûr d’avoir les habits appropriés pour cette couverture, il avait acheté deux sweat de ski et une paire de chemises en flanelle. Une fois la peinture terminée, il essaya de porter sur lui les affaires qu’il avait achetées, mais il s’en débarrassa rapidement en découvrant que leurs textures l’irritaient.
On retrouve quelques modèles qu’il avait déjà utilisés auparavant, comme Clarence Decker*, l’homme de dos avec le gros pull. Oui, c’est bien le marin qui se fait tatouer dans « The Tatooist » du 1944 03 04.
On retrouve également Gene Pelham, qu’on a vu dans " First Crocuses " et dans "Carousel Horse (Carnival)" du 1947 05 03 . Il s’amuse bien à enfoncer la casquette de Decker !
Jim et Clara Edgerton, ses voisins d’Arlington sont derrière l’homme au chapeau qui s’appelle John Proud.
J’ai fait un petit montage de tout ce beau monde, et, à partir des photos qu’avaient prises Gene Pelham, j’ai à peu près reconstitué la scène complète*, (je m’amuse comme je peux !) comme si une photo unique avait servi à la réalisation de ce tableau, mais en fait, pas moins de 6 photos m’ont été nécessaires !
Rockwell* avait tout compris à la photographie et aux avantages que celle-ci apportait.

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
  
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252eme couverture  #252 1948 03 06 The Gossips (? x ?cm)

 A propos de « The Gossips » du 1948 03  06 ( littéralement  « Commérages » ) c’est quelque chose qui est réellement arrivé à Rockwell.
Cette couverture a longtemps été dans l'esprit de Rockwell, une ébauche en était même sortie dans le "Ladie's Home Journal" de Novembre 1936.
Quand il entendit qu’une rumeur courait sur lui, il s’est dit que la meilleure façon d’en parler était d’en faire une couverture. Si chaque dessin était sur une seule page, on pourrait , en tournant les pages très rapidement en faire une animation. On ne sait pas de quelle rumeur il s’agit, mais on voit qu’elle retourne finalement à la femme qui l’a lancée.
C’est amusant de jeter un œil aux différents acteurs et d’essayer de se figurer qui ils sont et ce qu’ils font.
Par exemple, qui pourrait peut-être deviner que le personnage avec la pipe, tout en haut, est Clyde, le pharmacien ? La dame à lunettes, avec le téléphone, dans la rangée en dessous est Agnes, opératrice téléphonique de son état . Celle qui lui répond, dans la rangée suivante est Mary Rockwell, la propre femme de Norman. Au 4ème rang, avec la casquette, c’est Gus, le garagiste. Et le quidam qui a le chapeau melon pourrait être n’importe qui, mais c’est celui qui rapporte la rumeur aux oreilles de Rockwell. Et on voit Rockwell incrédule ( et on l’entend presque ! ) pointer son doigt sur lui-même et demander " Qui, moi ? "  puis se tourner vers la commère et lui dire sa façon de penser !
Et tous les personnages de cette scène étaient des voisins ou des commerçants d'Arlington, dans le Vermont, où Rockwell habitait.
Pour l’anecdote, sachez que cette dernière personne, mécontente du rôle que lui avait fait jouer Norman Rockwell est restée très longtemps sans lui adresser la parole !*
Regardez attentivement les photos qui ont été prises pour le canevas de l’histoire, et le traitement qu’en a fait Rockwell…
C’est une des plus célèbres couvertures de Rockwell pour le Post ( encore une ! ), une des plus appréciées des lecteurs, et une des plus vendues de toute l'histoire du Post !*
Un des modèles a dit à un journaliste "C'est plus marrant de poser pour lui que d'aller au cinéma. Il nous tient en haleine avec ses histoires drôles !"*
Et le fait de s'inclure dans cette rumeur ainsi que sa femme lui évitait les foudres de la population d'Arlington!*

Le 4 décembre 2013, une grande vente aux enchères a eu lieu à New York chez Sotheby's. Plusieurs tableaux de la succession de Kenneth Stuart - qui fut l'éditeur du Post, et avec qui Rockwell travailla pendant de nombreuses années - furent vendus.
"The Gossips" a été vendu pour un peu moins de 8,5 millions $, tandis qu’une autre peinture, "Walking to Church" - la couverture du Post du 1953 04 04 - a atteint un peu plus de 3,2 millions $.
Mais le clou de la vente, ce soir-là, était l'oeuvre de Norman Rockwell intitulée "Saying Grace". Ce tableau  a atteint la somme de 46 Millions de $ !!! C’est un record pour l'illustrateur du Saturday Evening Post et pour toute œuvre d'art américaine vendue aux enchères.
Deux personnes ont enchéri au téléphone l’une contre l'autre pendant neuf minutes avant que le marteau ne retombe. L’identité de l' acheteur n'a pas été révélée .
La peinture était estimée de 15 à 20 millions $ . (Le prix $ 46,000,000 est sans les frais !) . En 2006 , Sotheby’s avait vendu "Breaking Home Ties" pour plus de 15 M $, ce qui était alors un record pour un tableau de Rockwell..
L'enchère record précédent pour une œuvre d'art américain datait de 1999 , quand la peinture de George Bellows " Polo Crowd" fut vendue par Sotheby 27,7 Millions $.
Le nouveau propriétaire de "The Gossips" a eu la délicatesse de le confier à nouveau au Norman Rockwell Museum, où l'on peut continuer de l'admirer, à la plus grande joie de la conservatrice du Musée, Laurie Norton Moffatt.

* Article très intéressant ( en Anglais) comportant plusieurs photos de la séance de pose de "Gossips" sur le blog de Rompedas :
http://rompedas.blogspot.fr/2012/08/the-gossips.html

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253 #253 1948 04 03 Curiosity Shop (? x ?cm)

Personne ne pourrait croire l’histoire que raconta Norman Rockwell pour accompagner cette couverture… surtout pas l’éditeur !
Il dit que, n’ayant plus de pinceau, il dut poursuivre un écureuil sur plus de 10 miles afin de lui prélever la queue. A la place de peinture, il dilua du cirage dans du jus de pamplemousse. Puis il tourna le dos à son chevalet et peignit en regardant dans un miroir…
Rockwell s'est servi d'une foule d'accessoires* pour agrémenter son décor.
Parmi les modèles qui posèrent pour cette peinture (J'ai fait un petit montage de deux photos pour recréer la scène* ), outre l'antiquaire dont je n'ai pas trouvé le nom malgré mes recherches, il y a la petite Judith Bedell Roberts, qui avait posé pour une oeuvre non publiée dans un magazine, "Grandma's Dolls Collection*".
Et puis la postérité retiendra le visage de modèle anonyme inséré dans la pendule !*
Et pour le fun, voici l'image inversée du tableau de Rockwell*... pardon, de Rockwoll !!!

Rockwell indiqua qu’il avait commis une soixantaine de « loufoqueries » dans ce tableau. Mais il y en a certainement plus.
Je vous en livre la liste, telle qu’elle est répertoriée dans le livre « NORMAN ROCKWELL  AND THE SATURDAY EVENING POST Vol 3 : The later Years "
par D. &  M. STOLTZ (© The Four S 1976 ) p 73
01Deux sortes de moulures sur les tasses 02Tête d’un pivert sur un corps de grue 03Bec verseur de la cafetière inversé 04Du barbelé sert à suspendre les tasses 05L’insigne est au dos du casque de pompier 06Les lampes rouge et verte sont inversées sur le fanal du bateau 07Une bête est allongée sur la dernière étagère 08Une tasse n’est pas suspendue par son anse 09Des ampoules électriques pendent de la plante 10La tête de la petite fille est sur le buste du vieil homme 11L’écureuil a une queue de rat 12Le stylo-plume a une gomme 13Le capot du vase en cuivre flotte 14Une bougie à la place de la lampe à kérosène 15Un visage dans la pendule 16La broderie est datée de 1216 17C’est l’hiver dans la fenêtre de gauche et l’été dans celle de droite 18La tête de l’antiquaire sur le corps de la poupée 19Neuf branches sur le chandelier 20La fillette a une natte d’un côté, et les cheveux défaits de l’autre 21Les titres de livres sont verticaux 22Le gilet de la petite fille est boutonné du mauvais côté 23On peut parler des deux côtés du téléphone 24Le téléphone n’est pas branché 25Des bois de daim sur la tête de chèvre 26Pas d’étagère sous les livres 27De la dentelle sur la chemise de l’antiquaire 28La fillette a une main avec cinq doigts et un pouce 29Le canon du fusil n’est pas à la bonne place 30Une selle sur la chèvre 31Une plante sur le poêle allumé 32Le sac à main de la fillette est un livre 33Une demi lanière pour le sac de la fillette 34Un putois dans les bras de la fillette 35Une mouette avec des pattes de grue 36Le poêle n’a pas de tuyau 37Mona Lisa a une auréole 38Mona Lisa ne regarde pas du bon côté 39Abraham Lincoln dans l’uniforme du General Grant 40Il y a l’inscription « Poisson d’Avril » sur le poêle 41Des sabots à la place des pieds de la poupée 42La petite fille est assise dans le vide 43La sculpture est une combinaison de « Our Hero » et de « Blushing Bride » 44La théière a deux verseurs 45Un éperon sur la chaussure de l’antiquaire 46Une souris et une taupe discutent 47Des traces de taupe sur le plancher 48Une tête de chien sur un corps de chat 49Une queue de raton laveur sur le corps du chat 50Les boules du rideaux sont verticales 51Il manque un pied au poêle 52Deux planchers différents 53La signature est à l’envers 54Rockwoll à la place de Rockwell 55Des fleurs poussent sur le sol 56La fillette a une chaussette blanche et une autre rouge 57Ses chaussures sont différentes.

Cette couverture du 1948 04 03 est aussi le dernière des trois peintures loufoques qu'à faites  Rockwell pour les N° du 1er Avril. Les deux autres dataient du 1943 04 03 The Game (April Fool) et du 1945 03 31 April Fool .
Regardez ces trois couvertures, et cherchez tous les détails qui "clochent". Les américains étaient très friands de ces jeux-là, et Rockwell a du bien s'amuser à les peindre.
A vous de jouer !

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
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254eme couverture #254 1948 05 15 Bridge Game (The Bid) (? x ?cm)

Ce tableau de Norman Rockwell nous montre la vue plongeante d’une partie de bridge. Deux couples s’opposent. Ils ont tous l’air joyeux, ils passent la soirée chez l’un des couples, assis sur de confortables fauteuils. Les deux hommes sont en costume, et les femmes portent de belles robes. Tout cela laisse supposer que nous sommes en présence de personnes ayant une vie plutôt aisée.
La femme en blanc se gratte la tête et évalue ses chances en fonction de son jeu et de la main du « Mort » étalée sur la table. La main qui va être jouée est presque plus intéressante que les joueurs eux-mêmes. Cinq levées ont déjà été réalisées. La femme en blanc, la "déclarante" en à a ramassé deux, et les adversaires en ont gagné trois. Nous ne savons pas la composition de ces cinq levées, mais nous voyons ce qui reste dans les différentes mains.
La femme  avec la fleur dans les cheveux, (la "déclarante") et l’homme à sa gauche n’ont plus que sept cartes en main, le "Mort" et l’autre femme en ont huit chacun. C’est donc le tour du "Mort".
On peut clairement assurer que l’atout est pique, car on peut voir les treize piques répartis entre les différents protagonistes. Deux piques viennent d'être posés sur la table. La "déclarante" en a cinq, et le "Mort" aussi. Cela aurait été de la folie de choisir une autre couleur d’atout ! Elle sait donc que les deux autres adversaires se partagent les trois piques manquants. Il y a donc 33% de chances que le roi d’atout se retrouve seul. Mais qui l’a ?
Elle a posé le valet de pique . Sûrement pour faire un pli supplémentaire avec ce valet. Mais aussi elle pense sans doute que cela va attirer à la sortie du roi. Dans cette partie, si le roi se trouvait à la gauche de la femme, tout serait simple, car la plus forte carte, l’as, se trouve dans la main du mort et se fera un plaisir de manger le roi. Mais comme la déclarante va s’en rendre bientôt compte, le roi est à sa droite.
Aussi, a-t-elle de quoi se gratter la tête ! Doit-elle jouer l’as du mort dans l’espoir que le roi soit tout seul dans la main à droite ? Ou bien ne le joue t’elle pas en pensant qu’il faut le garder pour le prendre à gauche à la prochaine occasion ? C’est peut-être le tournant de cette partie… mais cela restera un mystère pour nous !
Mais bon, même si elle ne met pas l’as et que le roi fait le pli, elle devrait faire le reste des plis sans aucun problème et remplir son contrat, en espérant pour elle qu’elle n’ait pas trop monté les enchères au départ! Dommage qu’elle n’ait pas la vue du jeu que nous avons, nous spectateurs! Cela lui aurait vraiment facilité la tâche!

Norman Rockwell avait cette peinture en tête depuis trois ans. C’est Kenneth Stuart qui voulait que Rockwell dédie une couverture au bridge, et il lui envoyait souvent des cartoons ou des articles en rapport avec ce jeu.
Rockwell fit appel à "Red", un spécialiste du bridge de Chicago pour que la main soit réaliste et donne de l’intensité au jeu. Et le photographe réalisa un échafaudage spécial qui lui permettait d’être exactement à la verticale de la table pour prendre les photos nécessaires au peintre. (Regardez cette vidéo de Ian Dejardin, directeur de la Dulwich Picture Gallery, qui nous parle de ce tableau)
Dee Clair est le modèle qui a posé pour la "déclarante". Et le "mort" ressemble étonnamment à John Atherton, illustrateur, voisin et ami de Rockwell,  mais cela n'engage que moi.
Rockwell reçut de nombreux courriers lui indiquant ce que devrait faire la "déclarante" pour gagner à coup sûr son contrat !

(A vrai dire, je n'y connais rien au bridge, et cet article est la traduction condensée de la partie que décrit Keith McDonald sur son site :
http://www.best-norman-rockwell-art.com/1948-bridge-game.html
Assurément le meilleur site sur l'oeuvre de Norman Rockwell !)

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255eme couverture  #255 1948 09 04 The Dugout (48 x 45cm)
Cette peinture de Rockwell est immédiatement identifiable pour tous les fans de baseball autant que  par les non-fans.
Rockwell est bien connu pour sa façon de capturer l’esprit de l’Amérique, et « The Dugout » en est le parfait exemple.
Cette œuvre nous décrit le calvaire des Chicago Cubs en 1948. Cette année là, les Cubs,  bien ancrés à la dernière place du Championnat National finirent la saison avec un record de 61victoires pour 93 défaites et étaient considérés comme la pire équipe de baseball, peut-être aussi la plus mauvaise de tous les sports professionnels, à égalité sans doute avec les Chicago White Sox.
Les pauvres Cubs sont l’équipe visiteuse, et jouent sur le terrain des Boston Braves. Cette partie fut réellement jouée le 23 Mai 1948. Les joueurs de Chicago sont cachés des spectateurs, et sont affalés sur le banc, dépités. Ils n’ont vraiment pas envie de se montrer et sont plutôt contents d’être temporairement en dehors du terrain.
Au premier plan, c’est Franck McNulty, le batteur des Cubs. Il se passerait bien de rester à la risée des spectateurs, mais, comme il est le prochain à rentrer sur le terrain, il se doit de rester au bord du terrain. (En fait, McNulty fait partie de l’effectif des Boston Braves, mais Rockwell l’a recruté pour la couverture. Il lui a fait passer un uniforme des Cubs et, pour avoir l’expression voulue, il lui a dit de penser que son chien était mort !)
Ce match fut encore une journée à oublier pour les Cubs, car ils perdirent tous les jeux de la double confrontation.
Les autres joueurs sur le banc font aussi partie des Cubs.
De la gauche vers la droite, on trouve d’abord Bob Rush, le lanceur (Pitcher), puis le manager, Charlie Grimm ; derrière, à moitié caché par McNulty, c’est Al Walker, le receveur et enfin, le lanceur suivant, Johnny Schmitz attend son tour.
Comme dans toutes les œuvres de Rockwell, tous les personnages sont réels et les spectateurs n’échappent pas à cette règle du peintre. Il les a peints d’après les photos qu’il a fait prendre d’eux quand ils arrivaient dans les gradins. Pour cela, Rockwell et Ken Start, l’éditeur du Post se tenaient sur le terrain et invitaient les sujets qu’ils repéraient à se positionner au dessus du banc. Ensuite, Rockwell mimait les expressions et les attitudes** qu’il attendait d’eux et les invitait à l’imiter. Et tout cela était photographié par Gene Pelham, son fidèle opérateur. On retrouve ainsi Helen Fitzsimmons, la femme du coach des Boston Braves à l’extrême gauche des gradins et la femme derrière le gamin à la casquette rouge est Theresa Prendergast, la femme de Jim Prendergast, le lanceur des Boston Braves. Et Kenneth Stuart tire la langue !
De retour à son studio,* Rockwell convoquait encore d’autres modèles, comme Ardis Edgerton,* et il finalisait son choix des modèles.
 
Rockwell fit quatre versions** de ce tableau. 
La première était une ébauche au crayon, qui définissait les traits du tableau final. Ce premier jet fut offert à Charlie Grimm, le manager des Cubs.* Elle fut revendue par la famille Grimm pour 175 000 $.  Il ya aussi deux versions sur toile peintes à l’huile. L’une d’elle fut offertes à des voisins d’Arlington, Jimo et Tommy**  puis revendue chez Christie's en 2009 pour un peu plus de 650 000 $. L’autre, pas entièrement terminée, fut donnée à des amis, Mr & Mrs Bovaird,* et elle fut revendue chez Sotheby’s pour près de 400 000$.
S’apercevant qu’il n’aurait pas le temps de finir l’huile sur toile qu’il avait commencé, il refit son tableau à l’aquarelle, ce qui prenait beaucoup moins de temps et lui permit de tenir les délais imposés par le magazine. Et ce fut cette aquarelle qui fut remise à l’imprimerie pour la couverture du Post. C’est la seule des couvertures de Rockwell qui n’était pas une huile sur toile.**
Et c’est cette version qui est accrochée au Brooklyn Museum.
Rockwell a plusieurs fois représenté le baseball en couverture du Post.

Franck McNulty n'était pas un fan des Chicago Cubs, mais il accepta de mettre leur costume pour Norman Rockwell.
Dans un article pour "Post & Courrier" de Décembre 2009, McNulty révèle que peu de gens à part sa famille, savaient qu'il avait posé pour cette couverture. Un article du New York Times qui parut en 1968 affirmait que McNulty était sorti tout droit de l'imagination du peintre! McNulty saisit donc sa plume et écrivit au journal que c'était lui, le batteur de la couverture et qu'il était toujours bien vivant !
Il possède d'ailleurs un exemplaire du Post dédicacé par Norman Rockwell.

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
**Pour cet article, je me suis aidé largement d'un texte et de photos parues sur le site : http://www.legendaryauctions.com/LotDetail.aspx?inventoryid=9044

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256eme couverture #256 1948 10 30 Election Day ( ou Breakfast Table political Argument) (90,4 x 86,5cm)

Ce n’est pas la première fois que Rockwell représente une scène liée à l’élection présidentielle américaine. On se rappelle de la couverture du Post du 1920 10 09 "The Debate" , et de celle du 1944 11 04 "Which One ?" . Sur cette dernière, on voyait bien les hésitations de l’électeur au moment de son choix, . Qui, de Roosevelt ou de Dewey emporterait son suffrage ?
 
L’élection présidentielle de 1948 semblait acquise à Thomas Dewey, Républicain. Ce candidat se présentait pour la deuxième fois. Il avait perdu en 1944 contre Franklin Delano Roosevelt et se représentait donc gonflé à bloc contre le candidat Démocrate, Harry S. Truman. Celui-ci était devenu Président à la mort de Rossevelt en 1945. Selon la constitution américaine, c’est le vice président qui devient président en cas de décès de ce dernier, ce qui était donc le cas. Truman, qui venait de passer trois ans à la Maison Blanche était donc légitime pour briguer ce second mandat.
Mais il était très mal vu en raison du largage de la bombe atomique sur le Japon et du déclenchement de la guerre froide.
Aussi l’élection semblait tellement acquise à Dewey que le Chicago Tribune, sans attendre les résultats officiels titra au soir des élections "Dewey defeats Truman"…
(Si vous avez un exemplaire original de ce journal, sachez qu'il se négocie plusieurs milliers de dollars !)
 Sur ce tableau, Dewey apparaît à la une du New York Herald Tribune et l’homme le soutient avec véhémence, tandis que la femme est prête à brandir son exemplaire du Battleboro Reformer qui prend fait et cause pour Truman.
**Quand on demanda à Rockwell quels étaient les réels points de vue politiques des deux protagonistes de cette scène voici la réponse qu’il fit :
"Le mari (pas marié), qui venait de Manchester, Vermont ne pouvait pas argumenter plus avec la femme (non mariée), qui venait, elle, de Newfane, Vermont. Le bébé qui pleure (non marié) est d’Arlington, Vermont, le chien (fiancé) est le mien, ainsi que le chat sur la chaise.
Le canari vient tout droit d’un catalogue d’aliments pour oiseaux. La cuisine se trouve à Brattleboro, Vermont. Mais une chose qu’ils ont en commun est qu’ils sont de vrais bons Républicains du Vermont. Pour peindre un Démocrate, j’aurais du chercher en dehors de cet Etat.
"**
De nombreuses photos furent prises pour la réalisation de cette couverture, en voici un florilège...*
Le chat est prêt à bondir pour déguerpir au plus vite si cela tourne mal. Personne ne semble s’inquiéter du bébé qui pleure à grosses larmes, et même le nounours semble se boucher une oreille !
L’épagneul de Rockwell semble si inquiet des hurlées du mari que quelques jours plus tard, il s’enfuit du domicile du peintre. Cela affecta beaucoup le peintre qui fit paraître une annonce promettant une récompense à qui ramènerait son chien !
***Quand des amis de Rockwell lui suggérèrent que "une femme comme celle-là ne pouvait avoir un mari comme celui-là", Rockwell décida de *changer le modèle masculin. ***
Le tableau original se trouve dans la Truman Library.
Bess Truman, la femme d’Harry aimait à la montrer à ses visiteurs, disant que c’était un des tableaux préférés de son mari.
Voici aussi le dessin préparatoire* (dédicacé : "Best of luck to Herbert Herrick" peut-être le nom du modèle masculin ?) , et une ébauche du tableau réalisée à l’huile..*

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
**Cet article est repris du livre "NORMAN ROCKWELL  AND THE SATURDAY EVENING POST Vol 3-The later Years" p.79 par D. &  M. STOLTZ (© The Four S 1976 )
***Cette note figure sur le livre "BEHIND THE CAMERA" p.106 par RON SCHICK (© LITTLE BROWN 2009 )

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257eme couverture #257 1948 12 25 Christmas Homecoming (90 x 86,5cm)

Tout le monde est là pour le retour du fiston. C’est Jarvis Rockwell, le fils ainé du peintre qui rentre pour Noël. D'où revient-il? L’image ne le dit pas. L'important est qu'il soit de retour, et tout le monde est là pour l'accueillir.
Sa famille déjà, ainsi que les nombreux amis et voisins conviés pour l'évènement.
D'abord sa mère, Mary, qui veut être la première pour l'étreindre et l'embrasser. Juste derrière elle se trouve Thomas, frère de Jarvis, en chemise à carreaux. Et puis, le p’tit gars à lunettes, a gauche, c’est Peter, le troisième fils des Rockwell. Et Norman, pipe vissée à la bouche regarde la scène. La famille est enfin réunie !*
Ses amis illustrateurs* sont également de la partie. Mead Schaeffer est là, ainsi que sa femme, Elizabeth et leurs deux filles, Lee et Patty. Elles sont accompagnées de la fille de John Atherton, Mary.
Les voisins ne voulaient pas manquer la fête ! La famille March* est présente : Ann est venue avec Donald dans ses bras, et Chuck – que l’on retrouvera quelques années plus tard en couverture du Post - tient le chapeau que lui a confié Jarvis.
D’autres voisins sont là, comme la jeune Mary Hall*, que l’on a vue en couverture de « Boy’s Life » du 1941 02, "A Scout is Helpful". Eh oui, elle a bien grandi, la petite fille que le jeune Scout sauvait de l’inondation. Elle est à droite sur le tableau de Rockwell, avec son chemisier blanc*. Il y a aussi Rena Crofut*. Poser pour Rockwell est une tradition dans cette famille, puisqu’elle est la belle soeur de Nettie Stiles Crofut, une des deux femmes de ménage de "Playbill", la couverture du Post du 1946 04 06.
La grand-mère ? Eh bien c’est une artiste peintre à qui Rockwell vouait une grande admiration. GrandMa Moses, c’est son nom, touchait un très large public avec ses peintures naïves qui décrivaient des scènes champêtres où nature et simplicité crevaient la toile. Et faire apparaître GrandMa Moses* sur son tableau était la façon de Norman de lui rendre hommage.
Et puis il y a les deux jumelles… enfin, si l’on veut ! Rockwell aimait tellement le look de la petite Sharon O’Neill* qu’il décida de la faire apparaître deux fois !
Rockwell avait mis quelques idées sur le papier* avant de se lancer dans la réalisation de ce tableau. On dirait bien que la troisième version fut sa ligne directrice !.
Pour les puristes, je vous propose une étude technique du tableau (en Anglais), un peu à la façon de la fameuse émission « Palettes » où un spécialiste décrypte le tableau.
Et puis, pour rajouter un petit complément à cette étude, je rajoute ceci… mais c’est à titre purement personnel !

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.

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