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                     1947 : 7 Couvertures    Index
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244eme couverture #244 1947 01 11 Piano Tuner (84 x 78,5cm)

Peu d'artistes ont eu le sens du détail comme Norman Rockwell. Non seulement il cherchait toujours les bons décors et les meilleurs accessoires,* mais il s'employait à les disposer à la place exacte où il pensait qu'ils apportaient un plus. Et puis il était aussi exigeant avec les personnages qu'avec l'environnement de ses peintures. Il n’hésitait pas à faire poser plusieurs modèles,* pour choisir celui qu’il pensait à même de rendre crédible l’histoire qu’il racontait sur sa couverture.
Pour cette couverture, il n’était pas sûr de la position des doigts de l’accordeur pour réaliser une octave. Il était persuadé, comme la majorité des gens, qu’il fallait employer le pouce et l’auriculaire pour cela. Mais, bien inspiré, il demanda à un accordeur de piano installé à Bennington, dans le Vermont, de venir en en tant que « superviseur » pour cette couverture. Et le verdict du technicien fut implacable : "Un accordeur fait de nombreuses octaves tout au long de sa journée, et l’auriculaire n’est pas le bon doigt, car il ne supporterait pas le stress engendré par l’écartement répété. Aussi nous réalisons les octaves en nous servant du pouce et de l’annulaire, l’auriculaire restant en retrait !"*
Ainsi fut fait !
Bien que l’accordeur soit un technicien hors pair, Rockwell ne l’employa pas comme modèle. Celui qui tient le rôle est George Zimmer,* que l’on avait déjà vu dans"Armchair General" du 1944 04 29 et dans "Swimming Hole" du1945 08 11. Rockwell le retiendra à nouveau pour la couverture du 1948 03 06, comme un des protagonistes de "The Gossips" .
Quant au petit garçon, il s’agit d’Andrew Smith,* qui ne posa que pour cette couverture. Plutôt intimidé, il était rassuré par la présence de sa mère lors de la séance de pose.
Le technicien dirigea George Zimmer pour qu’il ait l’attitude exacte d’un accordeur de piano, et la mallette posée au sol ainsi que les outils qui sortent de la poche ajoutent encore au réalisme de la scène.
Rockwell fit très peu de changements une fois son sketch préliminaire accompli.* Tout était déjà dedans !
George Zimmer nous a quittés en 2010.

*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
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245eme couverture #245 1947 03 22 First Crocuses (56 x 43cm)

Pour faire une bonne couverture, il faut d'abord trouver l'idée. Ensuite il faut trouver les éléments qui figureront sur cette couverture.* Et c'est alors que parfois, on se rend compte que quelque chose ne va pas...
Les couvertures que Rockwell proposait à l'éditeur étaient acceptées ou refusées plusieurs mois avant leur parution. Une fois le contrat établit, Rockwell se mettait à réaliser la commande, et parfois, il peignait ses sketches préliminaires* à l'Automne pour une parution au Printemps...
Et, en 1946, allez donc trouver des crocus en train de pointer le bout de leur nez !
A près avoir rendu visite à tous les fleuristes de la région - et fait chou-blanc - Rockwell entendit parler d'un fleuriste de New-york spécialisé dans les fleurs hors-saison. Il prit contact avec lui, et commanda donc un pot de Crocus. Celui-ci arriva bien emballé, avec des crocus prêts à sortir, ce qui convenait à merveille au peintre. Le pot était accompagné d'une facture de 15,50 $, ce qui peut sembler un prix raisonnable. Mais en équivalent $ 2013, cela ferait le prix du pot à près de 128 $ !!!** Eh oui, l'authenticité a un prix...

Le jardinier qui prévient ses amis de l'arrivée du Printemps s'appelle Gene Pelham.*
Tom Pelham, le fils de Gene raconte l’histoire de la rencontre entre son père et Norman Rockwell
Un jour d’automne 1938, Pelham était en train de s’occuper de sa voiture quand un étranger s’avança dans le chemin qui menait à sa cour. Le conducteur descendit sa vitre et demanda « Pouvez-vous me dire où se trouve le pont de West Arlington ? »
Gene regarda le conducteur et fut surpris de reconnaître le grand Norman Rockwell derrière le volant ! Pelham avait habité New Rochelle quelques années auparavant et avait déjà eu l'occasion de voir le peintre.
"Norman ? Que faites vous là ?" demanda Pelham.
Rockwell répondit qu’il allait déménager à Arlington.
Ainsi, non seulement Pelham devint-il le modèle pour "First Crocuses", mais il devint plus tard l’assistant de Rockwell, recherchant et photographiant modèles et décors.
Le destin avait certainement d’autres intentions pour celui qui voulait juste être un fermier…

Eugène Thomas "Gene" Pelham Jr. est né à New York le 16 octobre 1909 Avant de s'installer à l'Ouest Arlington en 1939, Gene Pelham a étudié à la  "Grand Central School of Art" et la "National Academy of Design". Après son diplôme, il a été commissionné par la ville de New York pour concevoir et  peindre des "murals" pour les bâtiments d'exposition de l'Exposition Universelle de 1939. Après s'être installée dans le Vermont, Gene Pelham a poursuivi sa carrière en tant qu'artiste et illustrateur. De 1940 à 1954, il était photographe de studio de Norman Rockwell pendant la période où Rockwell était à Arlington, tout en exploitant une petite ferme familiale et en élevant une famille. En 1942 et 1943, le travail de Pelham a été publié sur les pages de couvertures du "Saturday Evening Post" et plus tard par d'autres magazines comme "Coronet".
Par la suite, il a continué sa carrière de peintre et a créé "The Guide", désormais connu sous le nom de "Vermont News Guide".
Les œuvres de Gene  Pelham, principalement des huiles, représentent généralement le Vermont et la douceur de vivre dans la Nouvelle Angleterre. Scènes passives, moulins, granges et ponts couverts, rivières et maisons, mais aussi des panoramas aux feuillages d'automne qui ont été dépeints au naturel dans toute la palette des couleurs.
Il a exposé au "Southern Vermont Art Center", dont il était un ancien membre du conseil d'administration. Il a aussi exposé au "High Museum" d'Atlanta, la "JL Hudson Gallery" à Detroit, la "Camelback Gallery" à Tucson, la "Vose Gallery" à Boston et la "Capricorn Gallery" à Bethesda, Maryland, parmi d'autres.
Ses œuvres ont été reproduites et distribuées dans le monde entier par la "New York Graphic Society" et par "Arthur Kaplan Co". Le "American Artists Group" a utilisé plusieurs de ses œuvres pour les cartes de Noël.
Il est décédé le 7 novembre 2004 à 95 ans et est enterré au "Evergreen Cemetery" d’Arlington, dans le Vermont.
 
* Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
**La conversion a été effectuée grâce à l' areppim's Mathematics & Financial Calculator.

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246eme couverture #246 1947 05 03 Carousel Horse (Carnival) (? x ?cm)

Pour ses couvertures du Post, Rockwell avait besoin de nombreux accessoires, aussi s'était-il constitué une collection de décors et de costumes achetés chez les antiquaires ou sur le marchés aux puces du coin. Mais son studio avait brûlé (voir la page Rockwell 1943), réduisant en cendres tout son stock. La générosité des lecteurs du Post et des habitants d'Arlington lui avait permis d'en reconstituer une partie. Mais parfois, ce n'était pas facile de piocher dans ses réserves pour pouvoir illustrer la couverture du jour.
Comme par exemple pour Carnival... C'est vrai qu'un artiste n'a pas tous les jours besoin de deux chevaux de manège et d'une bannière à l'effigie de la femme sauvage !
Mais Rockwell savait exactement à quelles portes frapper quand il avait besoin d'accessoires exceptionnels.
Il téléphona à Reid Lefevre, qui était propriétaire du King Reid Shows.
Reid Lefevre, né en 1904, était le fils d'Edwin et Martha Lefevre. Edwin Lefevre avait été Ambassadeur des Etats Unis pour des pays comme l'Italie, la France et l'Espagne avant la 1ère Guerre Mondiale. En 1908, la famille Lefevre s'installa à Manchester, dans le Vermont et Edwin commença une seconde carrière comme écrivain pour le Saturday Evening Post.
Durant sa jeunesse, Reid créa un orchestre connu sous le nom de "Purple Pirates" et il réussi à se faire engager sur la ligne transatlantique entre New York et et la France durant les étés 1925 et 1926. Après les études, il devint l'attaché de presse du célèbre boxeur Jack Dempsey, et c'est à ce moment que l'entraineur de Dempsey rajouta "King" au nom de Reid Lefevre, et il devint "King" Reid Lefevre jusqu'à la fin de ses jours.
Durant ces années avec Dempsey, il retourna dans le Vermont et on lui demanda de promouvoir la fête annuelle de Manchester. À la même période, il fut aussi contacté pour organiser un carnaval dans une autre ville du Vermont. Maintenant, Reid était lancé et grâce à l'aide de son père qui lui donna son héritage pour lancer l'affaire, les "King" Reid Shows étaient nés, ainsi que les débuts d'un grand showman. Le premier show eut lieu en 1934, à Ludlow, Vermont.
(Retrouvez ici l'intégralité de l'article qui m'a permis de vous vous présenter ce petit historique des débuts du "King" Reid Shows.)
Reid Lefevre fut élu à la chambre des représentant du Vermont de 1947 à 1959, puis au Sénat Américain de 1961 à 1963.
Après différents rachats de troupes et de cirques, le show se présentait comme un cirque ambulant qui installait ses nombreuses attractions pendant plusieurs jours dans un même endroit. Retrouvez ici un article du St Maurice Valley Chronicle daté de 1960 06 16 décrivant les principaux numéros que l'on pouvait voir. Des encarts publicitaires paraissant dans les journaux annonçaient régulièrement la venue du spectacle.

Norman Rockwell reçut donc un jour, arrivant dans un grand camion, deux chevaux de manège* pesant chacun 180kgs. Ils avaient été sculptés en Autriche. Il reçut également une affiche du "King" Reid Show et la bannière avec "la femme sauvage"* (Etonnant d'ailleurs, que la censure Américaine, et celle du Post aient laissé passer ce téton que l'on entrevoit, un des seuls  que l'on voit dans l'oeuvre de Rockwell, avec A fair Catch du 1955 08 20).
(Retrouvez également ici d'autres bannières extraordinaires du "King" Reid Shows)
Gene Pelham* et Billy Brown* sont les deux modèles principaux de cette couverture.
Vous pouvez-voir, à travers les travaux préliminaires* de Rockwell, que l'artiste fait très peu de changements dans son tableau une fois le croquis terminé.
Rockwell reconnut que non seulement il avait eu beaucoup de plaisir à reproduire ces deux chevaux, mais aussi qu'il avait beaucoup apprécié de voir tous les gamins qui passaient au studio et qui montaient les deux chevaux,  comme sur un manège imaginaire..
Il est intéressant de noter qu'en 1947, le "King" Reid Shows débuta sa saison le 3 mai, jour de sortie de cet exemplaire Saturday Evening Post !

* Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.

** Ces photos proviennent d'un article de Linda Theresa Jones   à propos de Reid Lefevre et le "King" Reid Shows que vous pouvez consulter ici : http://www.geocities.ws/shlyca2/Kingreid.html
(Son père, Earl Jones, a travaillé pour le "King" Reid Shows et a probablement peint les chevaux utilisés par Rockwell )
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247eme couverture #247 1947 08 16 High Board (Boy on a High Dive) (89 x 68,5cm)

Norman Rockwell réussissait aussi bien à rendre réalistes ses décors et et ses accessoires, mais aussi il rendait parfaitement les pensées et les expressions de ses modèles.
Un jour, il prit une planche, et l'installa sur un echaffaudage. Puis il demanda à son plus jeune fils, Peter : "J'aimerais que tu rampes sur cette planche et que tu paraisses éffrayé".
Peter Rockwell, qui est un sculpteur installé à Rome depuis des années assure à qui veut bien l'entendre, qu'il n'avait pas à jouer les effrayés... il était réellement terrorisé !
Qui, parmi nous n'est jamais monté sur le plongeoir, comme tant d'enfants le font? On grimpe l'échelle, un peu surpris de notre audace. Pourtant, cela ne semblait pas si haut, vu d'en bas ! Et soudain, comme on arrive à l'extrémité de la planche et qu'on regarde enfin en bas, les trois mètres du plongeoir en paraissent 20 ! Et les applaudissements et les quolibets des gamins en dessous font réfléchir à deux fois, alors le lent recul vers l'échelle commence.... C'est sûr, il sera tellement plus sage de sauter du bord !
Peter Rockwell a été modèle pour son père à de nombreuses reprises. On peut le voir sur "New York Central Dinner", "Christmas Homecoming", "Soda Jerk", "Homecoming Marine (War Hero)" ou sur certaines publicités, aussi, comme "His first Corn on the Cob".

"Boy on a High Dive" se trouve dans le bureau de Steven Spielberg. Celui-ci, ainsi que son compère George Lucas, sont de grands admirateurs de Rockwell et possèdent une belle collection de ses oeuvres. Cette collection a fait l'objet, ces dernières années, d'une exposition itinérante aux Etats-Unis : "Telling Stories"
Et, quand on demande à Spielberg quel est son oeuvre favorite de Rockwell, il répond :
"Bon, disons cela comme ça : "Boy on a high Dive" est le Rockwell qui, chaque fois que je suis prêt à faire un film, chaque fois que je vais commencer à le mettre en scène, me prend aux tripes en me disant, c'est moi sur cette planche. Car chaque film donne cette sensation d'être comme ce gamin sur le plongeoir. Chaque film."
Spielberg a aussi rendu un hommage appuyé à Norman Rockwell en reprenant "Freedom from Fear" dans son film "L'Empire du Soleil".

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248eme couverture #248 1947 08 30 Going and coming (40,5 x 80cm chaque panneau)

Cette couverture est une des plus fameuses de Norman Rockwell, c’est aussi l’une des préférées des collectionneurs.
Norman Rockwell, à travers cette double peinture, tout l’esprit d’un voyage familial au Lac de Bennington, comme l’indique le fanion sur le chemin du retour. Ce lac est situé dans l’état du Washington, non loin de la ville de Walla Walla. Le canoë, « Skippy » bien arrimé sur le toit avec ses rames nous confirme un des buts de cette sortie.. La canne à pêche qui sort de la fenêtre sur le 2ème panneau nous fait penser que c’était une journée de détente. Mais qui était le pêcheur ? Mystère !
Sur le premier panneau, « Going » la rangée de sièges à l’avant est occupée par le père, la mère, et la petite dernière, assise sur les jambes de sa mère. Il faut dire qu’en 1947, les notions de sécurité n’existaient pas, et il n’était pas question d’enfants à l’arrière dans un siège adequat ou de ceintures de sécurité…
Le père a l’air enthousiaste, fumant un petit cigare. Il est bien droit sur son siège, le chapeau bien vissé sur la tête, et le volant bien en mains. La mère regarde la route devant elle, et la petite fille pense sûrement à la bonne journée qui l’attend.
Penché à la fenêtre du milieu on voit le grand frère et la grande sœur… sans oublier le chien de la famille, truffe au vent,  Le grand frère a hâte d’arriver, et il guette le lac, pour pouvoir être le premier à l’annoncer. L grande sœur mâche son chewing gum, et fait des bulles avec, le regard fixé sur le ciel. Pourvu que le temps reste au beau !
Et, sur la dernière rangée de sièges, la grand-mère et le petit frère. Celui-ci fait des grimaces en direction de la voiture qui les double. Il se pince le nez, comme pour dire que cette voiture pue. Il est très agité, et sa tête est en dehors de la voiture. La grand-mère, elle, est impassible. Ce n’est pas le premier voyage qu’elle fait, et elle sait être patiente. Son air renfrogné nous montre quand même qu’elle n’approuve pas forcément le garnement.
Sur le chemin du retour, ce n’est plus la même chanson ! Le père semble exténué. Sa cigarette est finie depuis longtemps, et juste un mégot pend à sa bouche. Il est affaissé sur son volant, qu’il tient difficilement. Cette journée au Lac Bennington a été de trop pour lui.
Sa femme dort, la petite toujours sur ses genoux. Celle-ci semble éveillée, mais son regard semble bien vague,  fixé au dessus du tableau de bord.
Le grand frère a toujours la tête qui sort de la vitre, il semble lui aussi fatigué et il guette l’arrivée. Le chien n’a plus que le bout du museau qui pointe en dehors de la voiture. Il a l’œil éteint, il n’a pas du ménager ses efforts à courir dans le sable. La grande sœur mâchouille toujours son chewing-gum, mais les bulles sont toutes petites et elle se tient la tête entre les mains. Quant au petit frère, il a du dépenser un max d’énergie ! Ses yeux sont hagards et il semble dans un demi-sommeil.
Reste la grand-mère ! Elle se tient pareille qu’à l’aller, raide comme un piquet, même posture, même regard… on se demande bien si elle est descendue de la voiture !
Il est tard, les lumières sont allumées dans les maisons, il va être temps d’arriver pour le père qui n’en peut plus, mais qui sait qu’il faudra encore débarrasser la voiture et descendre le canoë. Les serviettes sèchent, accrochées à la portière, Mamie s’est ramenée une plante, qu’elle tient sur ses genoux.
Le week-end est bien fini, dès demain, il faudra retourner au travail, et à l’école…**

Pour réaliser cette couverture, il a déjà fallu trouver le modèle de voiture qui convenait à une famille nombreuse. Après plusieurs essais*, il se rabattit sur la voiture du postier d'Arlington (voir cet article, 5ème paragraphe, ligne 5 ) un genre de break à fière allure.
Comme à son habitude, il choisit ses modèles dans la population d'Arlington, en l'occurence ici, la famille Cross* dont on avait déjà vu la fille, Yvonne, dans "Voyeur" du 1944 08 12 et aussi dans "Homecoming G.I" du 1945 05 26 (C'est la petite fille en blanc, qui est toute contente du retour de son grand frère) Le conducteur est John Cross, et la mère, Gladys, tient la petite Vivian sur ses genoux.
Pour les autres modèles*, je n'ai pas de noms à vous donner pour les deux garçons, probablement d'Arlington, eux aussi. Par contre, c'est Elva Edgerton qui a donné son regard imperturbable à la grand-mère.
Rockwell a tenu à assurer lui-même la prise en mains des différents accessoires*, et il s'occupe aussi du chien !
Dans un document interne de Curtis Publishing*, diffusé une semaine avant la parution de "Going & Coming", Rockwell parle de cette couverture, et l'éditeur se félicite de l'innovation que représente ce double panneau : il semble que ce soit la première fois qu'un tel procédé soit utilisé en couverture d'un magazine national. (Quoi que Rockwell avait déjà utilisé un double panneau pour sa couverture du 1928 04 14 "Adventurers"... et il se reservira du procédé pour celle du 1949 09 24 "Before the Date")
Rockwell a également "allégé" la couverture définitive par rapport au sketch préliminaire* qu'il avait réalisé. Sans doute pour ne pas perturber le regard du lecteur du Post, il a enlevé ce qu'il lui semblait superflu, comme la voie supplémentaire de circulation, qui attirait l'attention du grand frère, ou encore la jeune fille dans le roadster, qui n'apportait rien d'autre que de la confusion dans le sujet de la composition.

* Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
** Une grande partie de ce texte est la traduction d'un article paru sur le site "http://www.best-norman-rockwell-art.com/"

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249eme couverture  #249 1947 11 08 Babysitter  (71 x 66cm)                    
 
Les babysitters avaient la tâche importante, après guerre, de participer à la relance économique en permettant un peu de liberté à faible coût pour les parents
Cette couverture de Norman Rockwell nous montre le "combat" entre une jeune babysitter et le bébé qu’elle garde.
La petite fille hurle, lui tire les cheveux pendant que l’adolescente essaie, à travers un petit fascicule "Hints to the Babysitter" ("Indices – conseils- pour les babysitters") de trouver LA solution pour enfin la faire taire. Mais si la couverture du livret montre une jeune babysitter en train de donner une fleur à un bambin, la réalité est toute autre !
Assise sur un fauteuil très coloré, elle n’est pas près de pouvoir potasser le livre d’histoire posé à côté d’elle ! Déjà qu’elle n’a pas fini son cours de géométrie… Elle a pourtant tout essayé, le biberon, le hochet, le nounours ! Mais il est minuit moins vingt, et la petite hurle, hurle…
Que va-t-elle expliquer aux parents quand ceux-ci vont rentrer ? Eux qui pensaient que la garde de leur fille ne serait qu’une formalité pour la babysitter, ils vont devoir s’apprêter à passer une nuit pour le moins agitée !
 
C’est Melinda "Chicky" Pelham, la fille du photographe de Rockwell – Gene Pelham – qui est ce bébé qui hurle. Le plus fort de l’histoire est que, pour la séance de pose, il fut impossible à Rockwell et à Kay Pelham, la mère de Melinda,* de lui arracher le moindre cri ou hurlement. Ce n’étaient que sourires et gazouillis. Alors Rockwell, en accord avec la mère pris la décision de piquer les pieds de la petite avec une aiguille ! (Ce qu’il avait déjà fait pour la couverture du 1921 07 09 "Watch the Birdie", voir la page "Rockwell 1921") Comme d’habitude, Rockwell prend un soin tout particulier pour les décors*et les accessoires.* On retrouve tout l’esprit du tableau final dans la peinture préparatoire. (Cette ébauche fut vendue pour 15.000$ en Octobre 2011)
Retrouvez Melinda Pelham interviewée par un commissaire priseur dans cette vidéo (Cliquez juste au dessus de la photo du "gars qui rigole" !). Elle parle de Norman Rockwell, des séances de pose, et nous montre aussi les autres œuvres du peintre auxquelles elle a participé en tant que modèle. Le commissaire priseur, lui, ne pense qu’à la valeur supposée des œuvres !
Quant à la jeune fille qui pose en tant que babysitter, je n’ai –hélas- pas trouvé grand-chose à raconter, hormis son nom, Lucille Holton.
Mais l’histoire du tableau, après sa parution dans le Post du 1947 11 08 mérite d’être contée.
 
Le 16 octobre 1946, les 32 enfants de la Elihu B. Taft Elementary School in Burlington, Vermont, partirent en voyage scolaire à Arlington, où ils avaient rendez-vous au studio de Norman Rockwell –âgé de 52 ans à l’époque- pour une visite guidée de l’atelier.Rockwell leur expliqua tout le processus de création d’une couverture du Post, leur signa à chacun un autographe, et leur offrit des pommes de son jardin. Personne n’oublia jamais cette journée.
Hélas, le 11 Septembre 1947, une des petites élèves, Alison Pooley, mourut d’une leucémie, elle avait onze ans.
Les autres élèves de la classe réunirent alors la somme de 48 $, et l’envoyèrent à Norman Rockwell en lui demandant s’ils pouvaient acheter une des ces œuvres qui leur rappellerait leur amie décédée. Rockwell, ému, refusa les 48 $, mais leur fit don de "The Babysitter", sans doute parce que le personnage central de la couverture avait l’âge d’Alison Pooley. Les 48 $ furent utilisés pour une plaque à la mémoire d’Alison
Le tableau passa d'abord six mois dans la maison d'Alison, où il apporta un grand réconfort à la famille, puis il fut accroché dans la classe d’Alison, jusqu’à ce qu’en 1978 la société Sotheby’s fasse une estimation du tableau, qui fut évalué à 30.000 $.
Le tableau fut donc mis en sûreté dans le coffre d’une banque.
Mais en 1995, le directeur de la Taft School, ayant un besoin urgent d’argent pour son école, fit l’inventaire des biens appartenant à l’établissement. Et donc, le tableau réapparut, mais sa valeur avait désormais décuplé pour atteindre l’estimation de 300.000 $.
Le directeur émit le souhait de le vendre, mais les anciens élèves de la classe d’Alison s’y opposèrent, disant que le tableau n’appartenait pas à l’établissement, mais qu’il avait été offert personnellement par Norman Rockwell à la classe d’Alison Pooley, et non à l’école.
Un médiateur fut nommé et trancha, tel Salomon.
Une souscription serait lancée pour récupérer les fonds, et le tableau serait désormais visible, accompagné de l’histoire d’Alison Pooley, au Fleming’s Museum du Vermont, à un mile de l’école. Fin 1997 la somme de 240.000$ avait déjà été souscripte, et la date butoir pour récupérer les fonds étant le 25 mars 2000, le reste de la somme fut rapidement souscrit, et le tableau est aujourd'hui dans ce musée.
 
(vous pouvez retrouver cette histoire dans un article de William Plummer publié dans "People" du 1997 03 10 et dans un autre, "A picture worth a thousand sentiments" qui parle de la souscription daté du 1997 12 29)
* Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.   

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A PROPOS DU
sep1921



Vous n’avez été sans doute pas été sans remarquer que la communauté noire n’était pas souvent représentée sur les couvertures du Post. J'ai regardé les 323 couvertures que Rockwell a réalisées, et j'en ai répertorié seulement 5 (cinq!) avec des noirs comme personnages, à savoir celle du 1934 03 17, "He went that Way" d'abord. Ensuite, il faudra attendre celle du 1944 12 23 "Union Station Chicago" pour voir un porteur noir dans la gare centrale. La suivante sera un peintre sur "Statue of Liberty" du 1946 07 06, puis le serveur dans le train pour celle du 1946 12 07 "New York Central Diner" et enfin il faudra attendre "The Golden Rule (Do unto Others)" du 1961 04 01 pour trouver des personnages de couleur sur cette couverture ! (Mais cette dernière est une bonne approche de sa future collaboration avec "Look" )
Mais une réflexion que George Horace Lorimer a faite en 1923 à une grande illustratrice de l’époque, Ellen Pyle, nous donne un indice sur cette non représentation.
Ellen Pyle soumit à l’éditeur un projet de couverture montrant une petite fille noire qui portait une dinde pour Thanksgiving.
Lorimer refusa cette couverture en disant que "Pas un lecteur du Post n’accepterait une personne noire représentée à l’égale d’une personne blanche" Pour Lorimer, le lectorat du Post était l’Américain basique, moyen, et cette petite fille, de par sa couleur de peau, ne pouvait en faire partie.
Ellen Pyle retravailla son tableau, en remplaçant le petite fille noire par un jeune garçon blanc. Cette nouvelle version fut publiée en Novembre 1928 par le magazine : "Children : a Magazine for Parents" (qui devint plus tard "Parents") Les Américains étaient loin d'être prêts à un changement de mentalité vis à vis de la différence de couleur de peau...
En poussant encore un peu les recherches, on se rend compte que la première couverture du Post avec des personnes de couleur date du 1903 08 23 "Cotonfield" et elle représente plusieurs employés noirs en train de cueillir... du coton (illustration de Emlen McConnell)! Comme au bon vieux temps de l'esclavage, aboli, je le rappelle, en 1865 ! Voilà l'image qu'on voulait en donner encore en 1903!...
Quand il quittera le Post en 1963 pour s'engager avec Look, Rockwell frappera un grand coup avec son tableau iconique "The problem we all live with" (le problème avec lequel nous vivons tous) et participera ainsi grandement à l'émancipation des noirs dans les années qui suivirent.
                               
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250eme couverture #250 1947 12 27 Christmas Rush (77 x 71cm)

Cette peinture de Norman Rockwell nous montre à quel point il était un maitre dans l’art de raconter une histoire.
Derrière la tête de la vendeuse, une annonce nous apprend que nous sommes le 24 Décembre (Christmas Eve) et que le magasin ferme ce jour-là à 17h00. Il est 17h05 sur la montre que porte la jeune femme, et on comprend qu’elle semble soulagée que sa journée soit enfin finie. Les clients sont partis et elle s’est assise sur une voiture à pédales qui n’a pas eu les faveurs du public. Et comme celle-ci est contre un mur, le dossier improvisé est le bienvenu ! Ses chaussures trainent sur le sol, et elle délasse ses pieds en frottant ses orteils les uns contre les autres… Nul doute qu’un bon bain de pieds en rentrant chez elle rendra à ceux-ci leur légèreté !
Sa chevelure est en désordre, et il semble bien qu’elle soit complètement indifférente au bazar qui règne autour d’elle. Il sera bien temps de ranger un peu plus tard . Il faudra aussi qu’elle ramasse tout le papier-cadeau qui jonche le sol.
Son livre de ventes est le cadet de ses soucis tant qu’elle est en pause, il peut bien rester fermé encore un peu !
Les poupées et peluches qui sont à sa droite semble rigoler et être contentes de rester ensemble, tandis que celles à sa gauche semblent être tristes de ne pas avoir trouvé d’acquéreur, à moins qu’elles ne compatissent à la fatigue de la jeune femme ?... Il est étonnant de regarder le prix de ces jouets ! A 2,98$ et 3,75 $, cela semble abordable, comparé aux tarifs pratiqués de nos jours. Et ces jouets là ne sont sûrement pas estampillés "Made in Autre Part" …
Le peintre était à Chicago quand il commença à travailler sur ce tableau.  C’était pendant la vague de chaleur qui déferla sur la ville durant cet été 1947. Le "Marshall Field Department Store" laissa un étage à la disposition du peintre*, avec tous les jouets dont il avait besoin. (Ce grand magasin avait déjà servi en 1945 par Rockwell pour la réalisation de la couverture du 1945 11 03 "Clock Mender (Man setting Clock)". Voir la page "Rockwell 1945")
Mais plus il travaillait, plus il voulait de poupées et de peluches dans sa peinture. Aussi, ne voulant pas abuser de la gentillesse des dirigeants, il sortit acheter pour 48$ de poupées ! Il se fit ensuite la réflexion qu’il devait avoir la plus grande collection de poupées pour un homme de 53 ans !
Mais son plus grand souci fut de trouver le modèle idéal pour jouer le rôle de la vendeuse. Et paradoxallement, il ne la trouva pas dans le magasin, mais dans un restaurant du Massachusetts.
Norman Rockwell n’eut pas trop de mal de mal à convaincre Sophie "Rashiski" Aumand pour aller faire le modèle le temps d’une séance de poses. Mais ce n’était rien à côté de la persuasion qu’il fallut mettre en œuvre du côté de la mère de Sophie !
Sophie Rashiski s’est mariée le 18 juin 1949 avec Ernest Turk Aumand. La voici en 2009, le jour du 60ème anniversaire de son mariage.

*Cette photo vient des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.

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