sep16
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A PROPOS DE
sep1938

Le 06 Janvier 1941, dans son discours annuel au Congrès, le président Franklin Delano Roosevelt avait énoncé les 4 libertés essentielles à l'esprit Américain. Droit à ne pas vivre dans la peur, droit à un mode de vie décent, liberté de parole, et liberté de conscience.
Rockwell décide alors d'illustrer ce propos, et produisit 4 tableaux qui parurent en février/mars 1943 pendant 4 semaines consécutives. Ce sont  les "Four Freedoms". Elles furent essentielles au moral des Américains, et la vente de leur reproductions entraina une levée de fonds de millions de dollars. (Voir la page précédente)
En 1944, Rockwell poursuivit sa série des "Willie Gillis" si chère aux lecteurs. Le Post publia de nombreuses couvertures ayant rapport avec le conflit, durant cette période, montrant des soldats, ou du matériel militaire, mais les couvertures de Rockwell ne montraient jamais d'images violentes.
Que ce soit le marin qui se fait tatouer, ou le retraité qui écoute les nouvelles à la radio,  la femme qui dort avec la photo de son soldat au dessus de son lit, le soldat qui rentre en train, ou le soldat blessé en convalescence, Rockwell essaye de donner une image plus sereine, de ne montrer que les  moments d'accalmie. Mais il est comme tous les autres américains, il est très affecté par ce qui se passe.
Mais bon, il est temps de vous laisser regarder la suite...
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218eme couverture #218  1944 01 01 New Year Eve (Auld Lang Syne) (? x ?cm)
Pour une fois, c'est Rockwell qui fait la couverture du nouvel an.
Avant, cet honneur était réservé à Joseph Christian Leyendecker, qui faisait chaque année la couverture du nouvel an avec sa série des "New Year's Baby" (Pas moins de trente six couvertures, de 1908 à 1943 où la peau du chérubin semblait aussi souple qu'une baudruche, et dont l'expression donnait confiance à un pays construit sur la foi et l'espoir. Retrouvez ces trente six couvertures ici, et encore ici !)
Mais il a fait sa dernière couverture pour le Post (la 322ème !) le 1943 01 02. Le Post ne l’a plus employé ensuite. Les publicitaires ne faisaient plus appel à lui. On finit toujours par brûler ce qu’on a adoré…
Il travailla quand même pour « American Weekly » en illustrant des couvertures, honora de nombreuses pubs pour Amoco, mais n’eut jamais plus les belles commandes qu’il avait avant.
Mais Rockwell lui sera toujours fidèle, et sera un des rares à être présent à son enterrement, en 1951. Ils n’étaient que cinq pour ses funérailles, Norman, Augusta, la sœur de Leyendecker, la fille de ses cousins, accompagnée de son mari, et Charles Beach, le compagnon de Joe Leyendecker. Celui qui fut le plus grand illustrateur de son époque mourut oublié de tous. Il est enterré au Woodlawn Cemetery, dans le Bronx.
Rockwell profite donc ce cette nouvelle année pour nous faire retrouver Willie Gillis. Mais pas en chair et en os, car son modèle, Robert Otis Buck, s’est engagé en mai 1943 dans l’Aéronavale. Comment, de toute façon, Rockwell aurait-il pu ne pas continuer cette série qui plaisait tant aux Américains ?! Alors, il le fait apparaître sous la forme de photographies et de lettres dans ses illustrations.
Il est minuit, et c’est la nouvelle année, ou bien il est midi, et elle fait la grasse matinée. Mais son sommeil est bercé de doux rêves, elle a relu tout le courrier que son Willie lui a dressé. Sa dernière lettre est encore ouverte sur le lit, et elle va bientôt rejoindre toutes celles qu’il lui a déjà écrites. Et puis, Willie veille sur elle, ses trois photos la regardent et la protègent…
On retrouve ici Lee Schaeffer, la fille de Mead Schaefferillustrateur pour le Post, qui joue le rôle de cette jeune fille qui dort tranquillement.
Rockwell pousse le détail jusqu'à faire apparaitre le nom de Schaeffer sur l'enveloppe à terre!
Patty était déjà avec sa sœur Lee sur "Confrontation", du 1942 09 05 et elles seront à nouveau sur deux autres couvertures, et "Fixing a Flat" du 1946 08 03 et "Homecoming" du 1948 12 25.
Quand Rockwell fit les croquis pour cette couverture, il y eut un petit problème qui lui causa de l’embarras. Comme il commençait à dessiner, il nota deux bosses au dessus de la poitrine de Lee, et il lui dit
« Lee, pouvez-vous enlevez vos mains de dessous les draps, elles font des bosses sous la couette. »
« Ce ne sont pas mes mains, Mr Rockwell » dit Lee, rougissante
« Oh ! » répondit calmement Norman.                                         
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219eme couverture #219 1944 03 04 The Tatooist (109 x 84cm)

Norman Rockwell travailla à partir de nombreuses photos prises dans son studio pour “The Tattooist” qui parut dans le Post du 1944 03 04
Pour le rôle du tatoueur, son voisin et ami Mead Schaeffer a accepté la proposition de l’artiste, tandis que c'est un voisin, Clarence Decker, qui endosse le costume du marin.
Clarence Decker était le gérant du dancing d’Arlington, « The Grange ». Il a posé plusieurs fois pour Rockwell et est apparu dans « Heel and Toe » illustration parue dans le Post du 1940 11 02, et, plus tard il reviendra dans « The long Shadow of Lincoln » qui illustrait une nouvelle parue dans le  Post du 1945 10 02 et sur la couverture du Post daté de 1948 01 24, « Week-end Travelers »
On reverra Mead Schaeffer ( à gauche, cravate orange) sur la couverture du Post daté de 1948 12 25 « Homecoming ».
Pour « The Tattooist », Rockwell a emprunté un appareil à Al Neville, tatoueur à New York, et il s’est assuré auprès de marins de la véracité de son tableau.
En vérité, Clarence n’avait aucun tatouage sur le bras. Le dernier nom qui apparaît sur le tableau de Rockwell est « Betty ». En fait, la mère de Clarence s’appelait « Belle » et elle avait dit que si il marquait son prénom, elle ne lui parlerait plus jamais. Alors, Rockwell a mis une barre transversale sur les deux « L » et remplacé le « E » par un « Y ».
Ce marin semble avoir eu de nombreuses fiancées Betty est la dernière en date, mais elle succède à Sing Le, Olga, Ming Fu, Rosietta and Sadie. Des prénoms asiatiques et d’autres à consonance latine ou slave nous renseignent sur les voyages qu’il a pu faire. Mais l’écriture est la même, et le tatoueur a consciencieusement rayé les prénoms précédents.
Mais il y a encore de la place près de l’épaule, et le biceps est loin d’être saturé… Et puis, que savons-nous de son avant bras et de son autre bras ?!... De nouveaux voyages et de nouvelles conquêtes en perspective…
Rockwell a aussi couvert le papier peint en arrière plan d’une décoration faite de différents tatouages.
Dans un article du New York Times du 2010 08 07, Clarence Decker raconte que Rockwell s’investissait beaucoup au dancing.  Il aimait à y vendre les tickets d’entrée car il pouvait regarder les mains et les visages de tous les gens qui venaient. Il pouvait y choisir des modèles et penser à une future couverture. Et il était souvent volontaire pour aider au nettoyage de la salle après la soirée et à l’encaustiquage du parquet.
Decker rajouta qu’il avait séché les cours plusieurs jours pour poser pour Rockwell, mais que cela n’avait gêné personne. Le père de Decker avait aussi posé dans le rôle d’un boxeur pour une illustration parue dans le « American Magazine » de 1941 06 , « Strictly a Sharpshooter » (Pour l’anecdote, c’est Elizabeth Schaeffer, la femme de Mead qui tient le rôle de la jeune femme)
Clarence Decker rajoute qu’il était jeune quand il posait pour Rockwell, et qu’il faisait cela comme ça, sans arrière pensée. Mais maintenant, il est très fier de ce qu’il a fait. »
Quand Mead Schaeffer a vu le tableau fini, il a juste dit à Norman qu'il trouvait son postérieur un peu exagéré ! Mais cela n'a pas entamé leurs relations.... ( Remarquez aussi que les chaussettes de Mead Schaeffer sont assorties à sa chemise... Rockwell soignait vraiment TOUS les détails !)
Notez la parodie parue en couverture du New-Yorker de la semaine du 26/10 au 05/11 2012 pendant les présidentielles américaines et qui concerne Mitt Romney... et celle de John McCain, autre candidat républicain, parue en 2005.
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A PROPOS DE
sep1938

WAR NEWS
Il ne faut pas croire que tout ce que peignit Rockwell fut publié. Certains de ses travaux furent refusés par le Post ou par d'autres éditeurs, d'autres ne satisfaisaient pas le peintre, et d'autres furent tellement modifiés entre les sketches préliminaires et le résultat final qu'ils furent mis de côté et n'eurent jamais les honneurs d'une mise à la vue du public. Et puis d'autres semèrent le doute dans l'esprit du peintre, qui finalement ne se résolut pas à les présenter aux éditeurs.
C'est le cas de " War News "
Rockwell composa un tableau montrant l'intérieur d'un restaurant, le "Quality Restaurant" où le patron, Clarence Augustus Comar*, et trois clients sont en train de prêter une oreille attentive aux nouvelles que donne la radio.
A l'origine, on aurait pu lire sur le journal du comptoir (daté du 17 janvier 1944) , une partie du titre " la possibilité d'un plan de débarquement en France ", provenant du titre complet - partiellement masqué par le client -  " Rapport Eisenhower sur un plan de débarquement en France : le coup est possible en France " ( Eisenhower Reports Invasion Plans Advanced; blow at France possible)
Mais finalement, Rockwell ne soumit pas ce projet de couverture au Post : sans doute parce qu'il était difficile de suggérer aux lecteurs que les clients écoutaient la radio, et aussi parce qu'il n'était pas facile de rendre le titre du journal lisible.
Aussi changea-t-il son fusil d'épaule, et, reprenant son idée d'émission de radio, il créa " Armchair General ", qui parut le 1944 04 29 et que vous pouvez voir juste après cet article.
On peut noter que le sketch préparatoire de " War News " n'a pas du satisfaire Rockwell, car il rajouta un personnage dans la version définitive*.
Rockwell fit poser plusieurs modèles pour les différents personnages de son tableau, et si certains ne firent pas l'affaire*, voici les photos de ceux qui furent retenus*. Comme à son habitude, il ne laisse rien au hasard et attache une attention particulière aux accessoires et décors*, qu'il place lui-même avec un soin méticuleux.
Comme je vous le disais plus haut, ce tableau jamais utilisé fut finalement remis en cadeau au patron du restaurant avec cette dédicace*: " Pour Mr. Comar, du Quality Restaurant. Sincèrement, Norman Rockwell "
Clarence Augustus Comar mourut en 1962, et sa femme, Cordelia Comar revendit le tableau quelques années plus tard au Norman Rockwell Museum qui venait d'être créé.
On peut voir Cordelia Comar dans la galerie de personnages qui orne la couverture " The Gossips " du 1948 03 06.
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts.
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220eme couverture #220 1944 04 29 Armchair General (89 x 84cm)
Que de détails sur cette couverture. La guerre fait rage, et ce citoyen est penché sur sa radio, à l'écoute des dernières nouvelles des différents combats.
C'est à dire qu'il est particulièrement concerné, puisque la petite bannière rouge et blanche a trois étoiles, ce qui nous indique que ses trois garçons sont au front. D'ailleurs leurs photos sont juste en dessous du fanion.
L'homme est trop âgé pour être mobilisé, mais il vit cette guerre comme si il y participait. Des crayons de différentes couleurs lui servent à noter l'avancée des troupes sur les nombreux champs de bataille. Plusieurs cartes lui permettent de situer les combats et une carte de l'Europe marque les frontières de la nouvelle Europe décrétée ( Pour quelques mois encore) par la folie d'Hitler et de ses nazis. Même la France est divisée sur la carte entre zone occupée et zone libre.
Les photos des généraux Dwight D. Eisenhower et Douglas MacArthur sont affichées au mur, et le regard d'Eisenhower semble dire "Ne vous faites pas de soucis, on ramènera vos garçons à la maison"
Ce père de famille a une telle détermination dans son attitude que le titre de cette couverture est "Le Général en Fauteuil". Sa façon d'écouter en règlant la fréquence du poste, son regard tourné vers le lointain, comme si il entendait les bruits de bataille, son crayon prêt à noter de nouveaux renseignements, tout concourt à l'exactitude d'une scène qui devait se répéter dans un grand nombre de foyers.
Seuls les chats sont calmes...
Souhaitons juste à ce père de famille qu'aucune des trois étoiles ne devienne dorée, ce qui signifierait, malheureusement, qu'un des garçons ne rentrera pas...
Il est à noter que ce "Général en fauteuil" a un verre de lait posé sur son bureau. En effet, à la demande de Ken Stuart, éditeur du Post, la bière que Rockwell avait mise initialement sur le meuble, avait été changée en verre de lait, car il était inconvenant à l'époque d'inciter à la consommation d'alcool. Rockwell aura la même demande pour la couverture "Happy New Year" du 1945 12 29 et il ne montrera donc aucune bouteille de vin ni de Champagne, vide ou pleine... (Lire le dernier paragraphe de l'article "Celebrating in Style" sur le site du Norman Rockwell Museum)
C'est George Zimmer* qui fut finalement sélectionné par le peintre parmi d'autres modèles* (Dont Harvey McKee, déjà vu dans 1939 11 04 "Sheriff and Prisoner" et dans 1940 11 02 "Heel and Toe") pour figurer sur cette couverture. De nombreuses photos préparatoires pour le décor furent aussi faites.
On retrouvera plus tard George Zimmer sur d'autres couvertures comme "Swimming Hole", "Piano Tuner" et "The Gossips"
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts
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221eme couverture #221  1944 05 27 The Fireman  (84 x 67,5cm)                    
Un jour qu'il farfouillait dans une boutique d'antiquités au début des années 40', Rockwell dégota un vieux cadre qui était orné de symboles propres aux pompiers. Haches, échelles, pompes, tuyaux y étaient représentés, mais aucune toile, juste un cadre vide.
Il l'acheta pour 1 $.
En 1944, Rockwell se rappelant de l'incendie qui avait détruit son studio l'année précédente (Voir sur la page Rockwell 1943 l'article qui lui est consacré) et l'intervention rapide des pompiers, qui n'avaient pu, malheureusement, éviter la destruction du local, il vit là l'occasion de se servir de ce cadre et de mettre les pompiers en avant.
L'dée lui vint d'une image dans l'image, où le pompier du tableau sent le mégot qui fume hors du cadre, ce qui réveille son instinct naturel de traqueur de feu potentiel...
Il fit quelques essais de photos avec Harvey McKee* dans son studio, mais le personnage ne lui convenait pas. Il rencontra alors un certain Howard Lewis
*, et les photos qui furent prises de lui étaient tout à fait ce que recherchait le peintre. Il l'affubla ensuite d'une moustache pour lui donner un air encore plus sérieux.
Et ce pompier à l'affut d'un mégot qui fume hors du cadre est une des couvertures les plus humoristiques de Rockwell. Sûr qu'elle orne les murs de toutes les casernes des hommes du feu de tous les Etats Unis!
Il avait déjà réalisé la couverture du
Post daté du 1931 03 28 "Fire" en hommage aux pompiers volontaires.
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts                                                        
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222eme couverture #222 1944 07 01 War Bond (109 x 86,5cm)
En 1944, Norman Rockwell pensait que la guerre était aussi la sienne, et il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour la gagner. Ses oeuvres représentaient autant des soldats, des marins que des civils en uniforme et montraient le combat de chacun.
A travers son art, il essayait de montrer ce qu'était la guerre. Le résultat fut les "Four Freedoms".
Le 06 Janvier 1941, dans son discours annuel au Congrès, le président Franklin Delano Roosevelt avait énoncé les 4 libertés essentielles à l'esprit Américain.
Malgré un refus initial du Trésor Américain, qui reprendra ensuite le train en marche, Rockwell décide alors d'illustrer ce propos, et produisit 4 tableaux qui parurent dans le Post en février / mars 1943 pendant 4 semaines consécutives. On les appelle les "Four Freedoms".
Droit à ne pas vivre dans la peur ( Freedom from Fear ), droit à un mode de vie décent ( Freedom from Want ), liberté de parole ( Freedom of Speech ), et liberté de conscience (  Freedom of Worship )
Elles furent essentielles au moral des Américains, et une exposition itinérante dans tout le pays montra ces quatre tableaux, souvent accompagnés par Norman Rockwell en personne. La vente des bons générée par cette exposition ( " Les obligations de guerre ( " War Bonds " ) sont des titres de créance émis par un gouvernement dans le but de financer des opérations militaires en temps de guerre. Les obligations de guerre génèrent un capital pour le gouvernement et font que les civils se sentent impliqués dans leurs forces armées nationales. Les appels pour acheter des obligations de guerre sont souvent accompagnés d'appels au patriotisme et à la conscience des citoyens. Émises par un gouvernement, les obligations de guerre ont tendance à avoir un rendement qui est en dessous de la valeur du marché et sont souvent mis à disposition dans un large éventail de dénominations pour les rendre accessibles à tous les citoyens ." (Source de l'article : Wikipedia.) Le total de bons souscrits pour cette esposition itinérante s'éleva à plus de cent trente deux millions de dollars en six mois! (Voir l'article consacré aux "Four Freedoms" sur la page "Rockwell 1943")
Mais dès le 11 Avril 1942, dans le Saturday Evening Post, Willie Gillis, le personnage inventé par Norman Rockwell invitait les Américains à acheter des " War Bonds " .
D'autres affiches de Rockwell ont été adaptées pour solliciter le peuple Américain à se procurer ces "War Bonds" essentiels à l'effort de guerre Américain.
D'autres artistes illustrèrent également la campagne de levée de fonds, comme cela avait déjà été fait pendant la première guerre mondiale.
Le 1944 07 01 sortit cette couverture, "War Bond" où l'on voit ce soldat blessé en tenue pour célébrer le 4 Juillet, Fête Nationale des Américains. Il vient de recevoir le War Bond qu'il a acheté, et il sait que son obole sera utile pour acheter des équipements, aider à poursuivre des raids aériens ou secourir des soldats blessés.
Derrière lui, on voit une image représentant des soldats en action, image peu courante chez Rockwell. Voici d'ailleurs une des photos de la session.
C'est vrai qu'il préférait représenter la guerre vue du côté Willie Gillis, avec ses images rassurantes. Mais quelques fois, il nous a montré la dure réalité des combats comme en 1942 avec "Let's Give him enough and on Time" ou "The American Way" en 1944
Ce soldat blessé doit certainement réaliser que son combat, ses blessures et son sacrifice financier ne seront pas vains.
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223eme couverture #223 1944 08 12 Voyeur (56 x 50cm)
La petite gamine qui "mate" les amoureux n'est pas bien vieille. Elle a tout juste 7 ans, et c'est sa première couverture pour Norman Rockwell.
Elle s'appelle Yvonne Cross, elle est née en 1937, et c'est une voisine du peintre.
Rockwell se servira plusieurs fois de ses talents.
On la retrouvera dans "Homecoming G.I"  du 1945 05 26 (C'est la petite fille en blanc, qui est toute contente du retour de son grand frère)
Et puis, on l'aperçoit derrière son chewing gum, pour "Going and coming" du 1947 08 30. Voici une des photos de la session.*
Et puis, elle illumine le calendrier des "Four Seasons" de 1949, où elle pose sur les quatre illustrations en compagnie d'un jeune garçon nommé Billy Brown*. Ce calendrier sera baptisé du nom de "Young Love", et c'est un des plus recherchés de la série des Quatre Saisons.
Billy Brown posera plusieurs fois pour Rockwell. On le retrouvera avec Yvonne Cross dans "Homecoming G.I"  du 1945 05 26 ( C'est le gamin qui dévale l'escalier), et puis sur une illustration parue dans le Post du 1944 07 15 "Norman Rockwell visits a ration Board" et enfin sur la couverture du Post daté de 1947 05 03 "Carousel Horse" (C'est le gamin du milleu)
Le jeune couple semble bien indifférent au regard de la gamine. Celle-ci ira sans doute raconter à ses amies qu'elle a vu un couple s'embrasser "pour de vrai" !
Mais le contrôleur arrive, et certainement que ce moment d'abandon va se terminer avec la fameuse phrase "Ticket, siouplait, M'sieur-dam' !"
Durant la séance photo* de ce "Voyeur", Mary et Norman participaient tous les deux pour mettre à l'aise cette jeune gamine. Rockwell savait exactement ce qu'il voulait, et dirigeait ses "acteurs" comme un vrai metteur en scène.
Yvonne Cross est décédée le 25 mai 2011, et cela a toujours été sa fierté d'avoir posé pour Norman Rockwell.
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts
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224eme couverture  #224  1944 09 16 Willie Gillis Heritage (43 x 26cm)
A propos de " Willy Gillis Heritage " du 1944 09 16, Rockwell a créé de toutes pièces la série de livres qu'il consacre, sur la couverture, à la " famille Gillis ". Cela ne faisait en fait que renforcer la série de tableaux qu'il affichait, montrant tous les ancêtres de Willy Gillis - personnage lui aussi entièrement fictif -.
C'est la 10 ème apparition de Willie sur les onze couvertures mettant en scène ce personnage.
Six générations de Gillis à l'écran !
Honneur d'abord à l'ancêtre avec l'arrière arrière arrière grand père qui combattit l'Anglais pendant la Guerre d'Indépendance. Compagnon de George Washington, il ouvrit la voie à la carrière militaire de bien des Gillis. Et les Américains lui doivent une partie de leur liberté.
Son fils, l'arrière arrière grand père s'est battu pendant la Guerre de 1812, de nouveau contre les Tuniques Rouges. Cette seconde guerre d'Indépendance ne changea pas grand chose, en fait, et cet ancêtre de Willie s'en sortit plutôt bien.
Après son mariage, un fils naquit qui fut l'arrière grand père de Willie. Celui-là combattit dans les rangs des Yankees pendant la Guerre de Sécession, lutte fratticide entre le Nord et le Sud, qui devait amener à la reddition des treize états du Sud et à l'abolition de l'esclavage. Lincoln ne savoura malheureusement pas longtemps la victoire de ses idées puisqu'il fut assassiné 5 jours après la fin de la guerre.
Le grand père de Willie, lui, s'enrôla dans la guerre contre les Espagnols, à la fin du XIXème siècle. Cette guerre ne dura que quelques mois en 1898, mais aboutit à l'indépendance de Cuba en 1901.
Et puis, le père de Willie défendit son pays pendant la Première Guerre Mondiale, la grande boucherie du XXème Siècle.
Et maintenant, c'est au tour de Willie de combattre pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Une guerre pour chaque génération...
Rockwell a admirablement bien pallié l'absence de son modèle, Robert Buck, avec cette couverture du Post. Tous les ancêtres de Willie sont en "costume d'époque".
Elle est tellement vraie que quand le magazine est paru, de nombreux lecteurs répondant au nom de "Gillis" ont écrit au journal pour savoir où se procurer les livres affichés sur la couverture, alors qu'ils n'étaient que le fruit de l'imagination de Rockwell !!!
D'ailleurs les titres de ces livres ne laissent aucun doute..."Victory with Gillis", "Gillis, American Heroes", "Gillis Family Genealogy", "With Gillis at Valley Forge", "Great loves of the Gillis", "A history of the United States and the Gillis Family" (en deux volumes!), "Gillis at Gettysburg", "Gillis and Lincoln" et d'autres encore...
Buck s'était engagé et participait à différentes missions dans le Pacifique. Les photos que Rockwell avaient de lui servirent une fois de plus à l'élaboration de cette couverture, pour le plus grand plaisir de tous les lecteurs du Post !
Retrouvez Robert Buck sur cette video où il parle justement de "Willie Gillis Heritage" et vous y verrez quelques unes des photos dont s'est servi Rockwell pour illustrer les portraits de cette couverture. Un document exceptionnel !
On ne reverra Willie Gillis qu'en 1946, pour ce qui sera son ultime couverture, "Willie Gillis back to the College".
Et si Rockwell vivait encore, je suis sûr qu'il aurait actualisé sa couverture avec "Le fils de Willie en Corée", "le petit fils de Willie au Vietnam" et "l'arrière petit fils de Willie contre Saddam"... et certainement qu'un lointain descendant de Willie sera acteur d'une "Guerre des Etoiles" !
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225eme couverture #225 1944 11 04 Which One (? x ?cm)
Rockwell invite les américains à voter sur le Post du 1944 11 04 " Which One ? " avec pour adversaires, Franklin Delano Roosevelt d’une part,  et Thomas Dewey d’autre part. La couverture signifie au peuple américain qu’il faut faire un choix et que pour cela, il faut aller voter ! Rockwell prend le parti de la citoyenneté. Voici une des photos de la séance de pose qu'il fit pour cette couverture.*
Roosevelt sera réélu - c'est son quatrième mandat consécutif! - mais il meurt le 12 avril 1945, quelques semaines avant la fin de la 2ème Guerre Mondiale. En vertu de la Constitution Américaine, c'est le  Vice-Président  Harry S. Truman qui lui succède pour trois ans, jusqu'aux prochaines élections.
Rockwell a souvent représenté les candidats aux élections présidentielles.
La première fois fut pour la couverture du Post du 1920 10 09 "The Debate" où un jeune couple n'a pas l'air d'accord quant au candidat idéal... Cox ou Harding? Warren Harding fut élu.
En 1948 on retrouve Harry S. Truman, 33 ème Président des Etats Unis, face au même Thomas Dewey… mais deuxième défaite de Thomas Dewey. (il est amusant de noter qu'un journal de Chicago, le "Chicago Daily Tribune",  avait titré un peu tôt que Dewey l'avait emporté. Regardez ici Truman, hilare,  montant ce journal !)
Le mari en couverture du 1948 10 30 " Election Day "  n’a pas réussi à imposer son choix à sa femme ! C'est un peu une ré-écriture de la couverture de 1920., mais avec les candidats de 1944...
Bizarrement en 1952, Rockwell ne fait que le portrait de Dwight D. Eisenhower et pas de son adversaire, Adlaï Stevenson. Ce dernier perdra face à « Ike »l’élection de 1952.
On retrouve les deux mêmes combattants en 1956, et Stevenson est battu pour la seconde fois, mais il a eu droit à son portrait ! Le 34ème Président des Etats Unis est, pour encore un mandat, Dwight D.Eisenhower.
Pour l'élection de 1960, ce sera une confrontation entre John Fitzgerald Kennedy et Richard Milhous Nixon.
Kennedy emportera de justesse le duel le plus serré de l'histoire. Nixon prendra sa revanche plus tard...
Après l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963, le vice-président Lyndon B. Johnson devient président. Aux élections de 1964 le duel Johnson/Goldwater tourne à l'avantage du démocrate, et Johnson reste pour 4 ans encore le 36 ème président des Etats-Unis.
Pour l’élection de 1968, Richard M.Nixon se présente face à Hubert Humphrey, et gagne enfin ! Lui qui avait été vice-président d’Eisenhower, et candidat battu de peu en 1960, peut enfin savourer sa revanche !
Pour l’élection de 1972  Richard M. Nixon,  37ème Président des Etats Unis affronte George McGovern et est réélu … jusqu ‘au scandale du Watergate et le fiasco qui s’en suivit pour lui et son gouvernement.
Et puis rappelons que dans le Post du 1960 11 05 Rockwell s'est représenté dans la même situation que le personnage de "Which One?" C'était à l'occasion d'une publicité pour Massachusetts Mutual, Norman Rockwell in voting Both.
*Ces photos viennent des Archives du "Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts
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226eme couverture #226 1944 12 23 Union Station Chicago (81 x 63,5cm)
En 1944, Rockwell avait dans l'idée de représenter l'effervescence d'une gare durant la période de Noël en ces temps de guerre. Il disait " qu'il voulait montrer le regard d'une mère attendant son fils, la femme qui est venue chercher son mari, ou des amoureux qui se retrouvent."
Après avoir visité de nombreuses gares, il fixa son dévolu sur celle-ci, Union Station à Chicago. Il rencontra le chef de station et discuta avec lui et un responsable du Grand Hall, et tous les trois essayèrent de déterminer ce qui serait le mieux comme décoration pour cette période de fête.
En fait, les deux autres hommes s'accordèrent pour dire à Norman "Faites votre couverture avec votre décoration, et ensuite nous décorerons la station à partir de votre couverture !"
Aussi Rockwell photographia une centaine de marins, de soldats et de marines en train de retrouver leur familles et leurs amis. Il fit aussi une séance de pose dans son studio pour les "civils" qui seraient sur la couverture. Tous étaient très contents de participer et espéraient figurer sur la couverture du Post. Même des jolies filles furent sollicitées pour embrasser des militaires qu'elles ne connaissaient pas, et chacun(e) joua son rôle à la perfection. D'ailleurs l'une d'entre elle , qui venait d'embrasser un soldat pour la photo dit à Rockwell, alors que celui-ci la remerciait :" Pas de soucis, je regrette juste que nous n'ayons pas eu le temps de faire une séance de pose..."
Rockwell lui-même apparait sur cette couverture, c'est l'homme au chapeau, tout au fond vers la droite, (désolé, ils ont tous des chapeaux...!) qui hèle un passager en faisant signe avec son journal.
Notez que, pour la troisième couverture consécutive, il signe avec une écriture stylisée, et non avec sa signature habituelle.
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