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                     1942 : 8 Couvertures    Index
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A PROPOS DE
sep1938

Que ce soit pendant la 1ère ou la 2ème Guerre Mondiale, Rockwell a toujours eu une représentation rassurante des soldats. Il suffit de regarder les couvertures du Post, de Life ou de Literary Digest parues pendant le premier conflit ou la série des 11 "Willie Gillis" qui s'étala de 1941 à 1946.
Mais en 1942 parut sa seule illustration montrant réellement un soldat au combat.
Voici donc cette illustration, telle qu'elle parut dans le New York Times Magazine du 1942 08 16, et son histoire.

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  1942 08 16 Let's give him Enough and on Time
Dans le New York Times Magazine du 1942 08 16 paraissait un poster de Norman Rockwell intitulé « Let’s give him Enough and in Time » ("Donnons lui ce dont il a besoin et quand il faut")
(Commandité par l'US Army pour soutenir l'armée, ce poster était autant une pub qu'un appel de fonds, c'est pourquoi je la fais apparaitre dans ces pages réservées aux publicités)
Temps de guerre oblige, le magazine était imprimé sur du papier de mauvaise qualité, et les couleurs d’origine du poster avaient laissé la place à une reproduction en trois couleurs, noir, blanc et bleu qui "sabotaient" considérablement l’œuvre originale. Mais bon, la guerre était là, et c’était déjà bien de pouvoir éditer des journaux et magazines.
Cette illustration était accompagnée de plusieurs photos, et d’un texte intitulé « Biography of a Poster » (Biographie d’un poster) expliquant la genèse de cette illustration.
En voici donc l’histoire :
 
-- Nous voyons des posters de guerre partout – posters pour booster le moral, pour donner de l’élan à la production, pour vendre des bons de guerre, pour freiner les propos irresponsables.  Mais d’où viennent ces belles et éloquentes images ?
Elles viennent des studios des artistes Américains qui se sont engagés pour une longue période. Ils ont une force de percussion que seuls les artistes peuvent avoir.
Et comment un artiste fait un poster de guerre ? Cela dépend de l’artiste. Chacun a sa propre méthode de travail, depuis l’idée de départ jusqu’au tableau final. L’art n’est pas un produit formaté.
La biographie du poster de ces pages nous montre une façon de faire ce travail. Ce poster à été réalisé par Norman Rockwell, comme contribution au programme “Keep em’ shooting” lancé par the "Army Ordonance Department" (Ce programme était développé pour maintenir et augmenter la capacité de production d’armes et d’artillerie pendant la guerre). Ce poster était distribué dans tous les centres de production d’armement du pays.
Mr. Rockwell vit à Arlington, Vermont, où il a également son studio. Par le biais de la Guilde des Artistes, il a proposé de faire n’importe quel travail qui pourrait aider l’effort de guerre Américain. Une suggestion pour un poster ayant trait à l’armement lui fut soumise par la Guilde, et il fit une esquisse qui fut acceptée par l’Armée.
Puis vint le problème du matériel et des modèles qui poseraient pour Mr. Rockwell. Un Colonel en retraite, Henry Fairfax Ayres, qui habitait également à Arlington, entendit parler du projet, et proposa son aide. Il s’arrangea pour que l’armée envoie une mitrailleuse et ses servants au studio du peintre. “Ceci”, écrivit Rockwell à James Herbert, Président de la Guilde des Artistes, “fut une chance étonnante pour moi, car c’était une chose incroyable pour un illustrateur de disposer d’un tel matériel directement dans son studio ! ” ( Rockwell fit aussi un portrait du Colonel Henry Fairfax Ayres qui parut en 1949 dans le magazine "Vermont Life" )
L’équipage arriva en Jeep après un trajet de 140 miles, et fut rencontré par à peu près tout ce que compte la population d’Arlington en petits garçons : les trois fils de Rockwell avaient largement fait passer le mot de leur venue ! Après cet accueil non programmé,  la troupe et l’artiste se mirent au travail. Le mitrailleur parla de toutes les facettes d’un combat à l’artillerie et expliqua tout en détail. Rockwell, comme beaucoup de profanes, pensait que le canon de la mitrailleuse était trop propre et proposa de le salir. “Mais,” comme le dit l’artiste, les soldats se rebellèrent, arguant qu’un soldat prend toujours soin de son matériel, comme un cavalier de son cheval !
Aussi, la mitrailleuse fut installée, rutilante. Mais le mitrailleur eut moins de chance. L’armée avait envoyé une deuxième chemise pour que l’artiste en dispose à sa guise pour obtenir le meilleur réalisme possible. Cette chemise fut donc déchirée et salie avec  ardeur ! La mitrailleuse est une “Browning”, modèle M1917.
Puis Mr. Rockwell fit des dessins sous de nombreux angles, autant au crayon qu’en couleur. Il fit aussi des photographies. Puis il décida que son premier jet, le soldat qui regardait le lecteur en souriant, était “un peu idiot”. Il modifia donc le soldat, et celui-ci faisait désormais son job de tirer sur l’ennemi.
D’autres changements intervinrent au fur et à mesure de la progression du tableau. Le slogan fut modifié. La culotte et les bottes du soldat se transformèrent en pantalon à la demande du Sous-Secrétaire à la Guerre Patterson, qui fit remarquer que, bien que les soldats qui posaient furent issus d’une unité de Cavalerie, l’armée n’avait que deux divisions de Cavalerie Mécanisée contre quatre-vingts unités d’Infanterie.
Sur sa technique actuelle de faire une illustration, Mr.Rockwell disait : “Après une première esquisse, je fais une première ébauche au crayon. Puis je refais la première esquisse, mais en couleurs. Puis, je transfère la première ébauche sur la toile. Ensuite, je commence à la mettre en couleurs, puis je fais toutes les finitions à l’huile”. Ce qui semble vraiment facile ! Mais tous les artistes savent la somme de travail correspondant à ce petit résumé. Et le résultat est ce spectaculaire poster montrant, comme Mr. Rockwell l’a fait “un de nos grands soldats en plein coup de feu dans une posture solide. Le nombre de cartouches jonchant le sol et les cartouchières vides qui ont déjà été balancées sur ses pieds nous montrent qu’il tirera jusqu’à la dernière balle”.--
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Cette rare et méticuleuse  oeuvre de Rockwell, artiste dont les peintures atteignent des sommes faramineuses sous le marteau des enchères, ne se trouve ni dans un  Musée, ni dans une collection particulière, mais dans les réserves du centre de conservation d’art de l’Armée Américaine à Fort Belvoir, non loin de Washington. Ces réserves constitueront une partie du futur “National Museum of the United States Army” (Musée National de l’Armée des Etats-Unis)
Mais ce Musée, qui commença à prendre forme il y a une dizaine d’années est maintenant à moins de quatre ans de son ouverture au public. Malheureusement, les fonds récoltés ne représentent que la moitié de la somme nécessaire pour sa construction, d’après les propos recueillis auprès de Creighton W. Abrams Jr, un général en retraite. Il dirige “The Army Historical Foundation” qui est chargée de recueillir les fonds pour ce musée. Située elle aussi à Fort Belvoir, la fondation n’a récolté pour l’instant que 76 millions $ sur les 175 nécessaires.
Ce projet, comme beaucoup d’autres a reçu des subsides de généreux donateurs, mais crise et années qui passent ont ralenti ces donations.
“En 2010, la levée de fonds fut élévée” nous dit Abrams, “ mais moins bonne en 2011 et désastreuse en 2012. L’année 2013 semble meilleure, car nous avons récolté 10 millions $ ” dit-il, “et nous pensons recevoir de 15 à 20 millions $ cette année”
En attendant, les 16000 œuvres sont stockées dans des réserves climatisées et sécurisées.
La collection est superbe, et trois autres œuvres de Rockwell, réalisées pour l’Armée Américaine de Réserve (Voir l'article sur l'US Army Reserve un peu plus bas sur cette page) se trouvent également en attente de l’ouverture du Musée.
Mrs Forgey, la conservatrice, dit qu’elle ne connait pas le nom du soldat qui a posé dans le studio d’Arlington pour « Lets give him Enough and in Time » en 1942, et elle ne sait pas si ce soldat a survécu à la guerre.
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205eme couverture #205  1942 02 07 USO Volunteers   (? x ?cm)                             
   
C'est la troisième apparition de Willie Gillis en couverture du Post, mais celle-ci fut faite , comme disent les américains "from Coast to Coast", c'est à dire d'une côte (Est) à l'autre (ouest).
En effet, Rockwell avait fait les croquis préparatoires pour cette illustration, mais pensait qu'il avait besoin d'un peu de repos et pour cela, il fallait changer d'air. Aussi, il quitta les collines enneigées du Vermont pour le soleil de la Californie. Mais il n'oubliait pas le Post et son épée de Damoclès du contrat à assumer. Aussi, il emmena avec lui ses croquis et son matériel pour terminer la couverture.
Willie réapparut donc rapidement, et Rockwell apprécia beaucoup ces vacances.
Willie est toujours en poste à Fort Dix (Rockwell a prêté les deux premiers tableaux de Willie Gillies au service culturel du fort, et ceux-ci sont fièrement accrochés dans la bibliothèque du Fort)
Comme on le voit il est entouré par deux très jolies filles, des célèbrités de l'époque. A gauche, Mlle Helen Mueller, qui fut actrice et modèle. Elle joua dans le film "Cover Girl" ("La reine de Broadway") avec Rita Hayworth en 1944 et à droite, Mlle Kay Aldridge,  qui fut modèle , miss "California Wine Queen"1942 et starlette. La Navy la recruta pour USO (United Service Organizations) comme l'une des  six plus belles filles d'Hollywood. Elle joua les seconds rôles dans de nombreux films. Un livre, "The Thrills Gone by" édité en 2015 nous raconte son histoire

L'USO est une société privée et une association à but non lucratif qui fournit des services de loisirs et de soutien moral aux membres de l’armée américaine avec des programmes dans plus de 135 centres répartis dans le monde entier. Depuis 1941, elle a travaillé en partenariat avec le département de la Défense des États-Unis et a fourni du soutien et du divertissement aux forces armées américaines grâce à des contributions essentiellement privées ainsi que des fonds, des biens et des services venant du département de la Défense des États-Unis. Ce n’est pas une agence gouvernementale.
Pendant la 2ème Guerre Mondiale, de nombreux acteurs et chanteurs comme Bing Crosby, Judy Garland, Bette Davis, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Frank Sinatra, Marlene Dietrich, Hattie McDaniel, Eubie Blake, Ann Sheridan, Laurel and Hardy, The Marx Brothers, Jack Benny, Larry Adler, Ossy Renardy, Zero Mostel, James Cagney, James Stewart, Gary Cooper, Doraine and Ellis, Lena Horne, Danny Kaye, The Rockettes, Al Jolson, Fred Astaire, Curly Joe DeRita, The Andrews Sisters, Joe E. Brown, Joe E. Lewis, Ray Bolger, Lucille Ball, Glenn Miller, Martha Raye, Mickey Rooney, Betty Hutton, Dinah Shore, et le plus fameux, Bob Hope, participèrent à des divertissements organisés pour les soldats américains en poste sur les différents fronts.
Cet organisme perdure toujours et est actif sur chaque conflit où interviennent des recrues américaines.
                                                     
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206eme couverture #206 1942 03 21 Secrets (Boy reading Sister's Diary) (? x ?cm)

En 1941, le Milwaukee Art Institute avait organisé la première exposition d'oeuvres de Norman Rockwell. L'artiste était très impressionné d'être exposé et très fier d'être à côté d'artistes comme Rembrandt, Renoir, Raphael et Rubens.
Mais cela ne changea en rien sa façon de peindre la vie qu'il voyait autour de lui, et de la représenter pleine d'amour et de joie, le tout teinté d'humour.
Sur cette couverture, ce diable de gamin qui se gondole en lisant le carnet intime de sa soeur, n'est autre que Tommy Rockwell, le propre fils du peintre! Et, de l'aveu même de son père, il n'était pas avare de coups pendables et si il avait eu une soeur, c'est sûr qu'il n'aurait pas été le dernier à rire des écritures et pensées intimes de celle-ci.
On dirait qu'il a décidé d'emmener quelques pages "intéressantes" avec lui. Peut-être les confidences amoureuses de sa grande soeur? Certaines de ces pages sont sous son bras, d'autres sont déjà dans sa poche, une autre sur ses genoux. Quelques unes sont tombées par terre. Mais cela doit être sacrément croustillant vu la joie non dissimulée du jeune gamin. Prévoirait-il un odieux chantage aux bonbons, où à la vaisselle? A moins simplement qu'il aime vivre dangereusement et, dans ce cas, est-il conscient des risque auxquels il s'expose ?! La colère d'une soeur n' a d'égale que sa vengeance !!!
On retrouvera Tommy Rockwell sur d'autres couvertures comme celle du 1948 12 25  "Homecoming". C'est le garçon qui a les mains dans les poches et une chemise à carreaux. Et puis il avait aussi posé en compagnie de sa mère, Mary Rockwell sur une illustration de George Hughes pour le Post du 1948 10 16, "Raidying for the 1st date" où il est bien sage, quand sa mère est là! Mais le diable est sûrement encore prêt à sortir de sa boite !!!
George Hughes était un illustrateur du Post, et un ami de Rockwell. Il était venu s'installer à Arlington où il retrouva également Mead Schaeffer et John Atherton, autres illustrateurs et amis de Rockwell qui étaient également citoyens de cette petite ville du Vermont.

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207eme couverture #207 1942 04 11 Hometown News (96,5 x 76cm)

C'est la quatrième apparition de Willie Gillis sur une couverture du Post, mais celle-ci marque un tournant définitif dans la perception qu'ont les Américains de ce personnage. En effet, avec ce jeune soldat prenant un moment de pause pour lire les nouvelles de son village, c'est toute l'Amérique qui s'identifie à lui. Cette guerre était la plus importante de celles auxquelles avait participé le pays, et les gens avaient besoin de ces scènes réconfortantes que Rockwell pouvait leur apporter, et cela leur permettait d'oublier un peu les rigueurs du conflit. Pour chaque Américain, Willie devenait en fait le voisin, l'ami qui était parti à la guerre.
Willie prend donc une pause pendant l'épluchage des pommes. Il vient de recevoir de sa mère un paquet de journaux en provenance d'Arlington. Et un exemplaire du "Hometown News" (littéralement "Les Nouvelles de ma Ville") retient son attention, car dans le coin droit, sa mère a écrit "Regarde page 4" (See page 4) et elle a noté "Papa" (Dad) sur la photo du journal. Aussi, la perspective de lire un article où l'on parle de son père justifie largement l'abandon temporaire du couteau !
Willie est toujours en poste à Fort Dix, où il fait partie de la 13ème Compagnie du 3ème Bataillon. Il n'est pas encore parti au front et exécute des tâches utiles à la collectivité, comme l'épluchage de pommes. La caisse n'est pas près d'être terminée, à ce train là ! Il a seulement fini 3 pommes et demi que déjà il prend la pause. Mais la moitié de cigarette qu'il a sur l'oreille peut aussi laisser entendre qu'il a déjà pris une première pause, peut-être après la première caisse de pommes?
Rockwell a changé encore une fois la calligraphie de sa signature et a mis de la couleur dedans.
Et le Post, pris lui aussi dans les restrictions de la guerre et son cortège d'augmentations du coût des matières premières a fait passer le prix du magazine de 5 cents à 10 cents ( le prix était inchangé depuis depuis l'arrivée de Lorimer en juin 1899 !)
A noter une apparition de Willie Gillis dans les pages intérieures du Post : une image persuasive pour acheter les bons de guerre ("Willie Gillis says : Buy War Bonds") nécessaires à l'effort de guerre américain. Un Gillis inhabituel, en tenue de soldat, fusil en bandoulière.
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208eme couverture  #208 1942 06 27 Blackout ou "Willie Gillie's Girlfriend" (? x ?cm)

Pendant la 2ème Guerre Mondiale, les Londoniens ont beaucoup utilisé le "Blackout" pour gêner l'aviation allemande pendant les bombardements. En effet, n'être guidé par aucune lumière ne facilitait pas la précision et les anglais s'étaient habitués à couper l'électricité à la moindre alerte.
Plus de lumière ! Noir total ! Willie Gillis a sorti son manuel sur l'attitude à tenir en cas de blackout et sa voisine, inquiète attend probablement une réponse...mais il semblerait que Willie ait une tout autre idée sur ce qu'il faut faire en cas d'obscurité soudaine quand on est deux ! Retirons nous sur la pointe des pieds et laissons les à leur procédure d'alerte!
"Blackout" est la cinquième couverture mettant en scène Willie Gillis et ce personnage prend de plus en plus d'importance dans l'esprit des Américains. La jeune femme qui accompagne Willie était un modèle qui s'appelait Betty Timmins. Elle a participé à une campagne dans le magazine Life pour le moral des troupes et a apposé l'empreinte de son baiser sur une page du magazine. Très gros succès pour cette campagne!
Le Post effectue à cette époque de gros changements. Après l'augmentation du prix, sous l'influence du nouvel éditeur Ben Hibbs, le logo change, ainsi que la place réservée à l'illustration de couverture, qui tient désormais l'intégralité de la surface.
Ben Hibbs et Norman Rockwell s'entendaient et s'admiraient réciproquement. Dès leur première rencontre, Ben Hibbs accepta les neuf projets de couverture qu'il lui présenta et Rockwell dit à Mary que jamais il ne quitterait ce magazine.
Leur association donna encore davantage de succès au Post, et le tirage monta jusqu'à plus de 7.000.000 d'exemplaires en 1961. Ben Hibbs quitta le Post en 1962 et Rockwell, contrairement à ce qu'il affirmait à Mary, quittera le magazine à son tour en 1963.                                                                           
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209eme couverture #209 1942 07 25 Willie Gillis in Church (? x ?cm)

Comme Ben Hibbs avait accepté ses neuf projets de couvertures que Rockwell lui avait présentéS, le peintre pouvait donc se donner entièrement à la série des "Four Freedoms".
Cette série des "Quatre Libertés" faisait suite à un discours du Président Roosevelt le 6 janvier 1941, mais nous aurons l'occasion d'y revenir bientôt. En tout cas, Rockwell et Hibbs étaient à fond dans ce projet, et cela renforçait encore leurs liens et le respect mutuel qu'ils s'accordaient.
Une de ces quatre libertés était la Liberté de Conscience (Freedom of Worship), et ce projet est en relation étroite avec cette sixième couverture représentant Willie Gillis.
On le voit ici dans un lieu de culte, sans doute une église. Il est en pleine méditation, et fait certainement des projections sur sa destinée, sur l'avenir de son pays, et sur le devenir de l'humanité, engluée dans un conflit qui se mondialise et se durcit.
Un livre de cantiques est posé à côté de lui, et ses pensées et prières doivent être également partagées par les autres participants à cet office.
 Willie est un simple soldat, mais ici, il est entouré de militaires d'un grade supérieur au sien. Il y a un sergent sur le banc derrière lui, un officier sur le banc devant lui, et deux rangs derrière Willie, on aperçoit une tenue bleu-marine avec un galon rouge, certainement un sous-officier. Mais tous sont unis dans la prière, quel que soit leur grade.
C'est la seule couverture de la série qui soit tant empreinte de solennité et autant  dénuée d'humour.
Et Rockwell, qui avait repris la signature qu'on lui connait dans la couverture précédente, nous gratifie encore une fois d'une nouvelle signature.

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210eme couverture #210 1942 09 05 Confrontation (? x ?cm)

Ça risque de chauffer pour Willie ! Il a envoyé sa photo signée "Love, Willie" à deux jeunes filles qui sont voisines ! Il n'avait pas pensé qu'elles ouvriraient leurs lettres en même temps devant la boite aux lettres...
Le conflit ne fait que commencer entre les deux jeunes filles, et, quand elles comprendront le petit jeu que joue Willie, il pourrait bien y avoir du grabuge pour lui...
Sur l'enveloppe au sol, on voit que Willie est toujours stationné à Fort Dix, dans le New Jersey.
Un problème majeur s'est posé pour le peintre, car Robert Buck, le modèle pour Willie, s'est engagé dans l'Aéronavale, et n'est plus disponible pour poser. Il est parti au front.
Aussi, Rockwell va utiliser la plupart du temps des subterfuges photographiques pour le faire apparaitre sur les couvertures. C'est que Willie Gillis est maintenant un symbole pour toute l'Amérique et ses apparitions sur le Post sont attendues avec impatience.
Le Post et Norman Rockwell ont reçu des centaines de lettres avec des commentaires enthousiates sur ce jeune soldat qui leur rappelle le fils ou le voisin...
Mais le problème que crée Rockwell à son personnage qui va être confronté à ces deux furies ne serait-il pas une petite vengeance de l'artiste?...
Les deux jeunes filles qui posent sont Patty Schaeffer (la rousse) et Lee Schaeffer (la blonde), les deux filles de Mead Schaefferillustrateur pour le Post, voisin et également ami de Rockwell.
Les deux artistes "embauchaient" souvent des membres de l'autre famille pour poser sur les couvertures des magazines.
On retrouvera Patty sur 1944 01 01 "New Year Eve (Auld Lang Syne)" . Et les deux soeurs ensemble sur 1946 08 03 "Fixing a Flat" et sur 1948 12 25 "Homecoming".

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211eme couverture #211  1942 11 28 Thanksgiving (? x ?cm)            

Ça y est ! Le "coup de bourre" est passé! C'est qu'un repas de Thanksgiving pour 137 soldats affamés, cela ne se fait pas comme ça ! Le chef cuistot de Fort Ethan Allen, dans le Vermont a assuré ! Le repas devait être prêt pour 12h15, et apparemment, tout était nickel. Tous les ingrédients et plats nécessaires ont été cochés en rouge sur la liste, que ce soit la dinde rôtie, le bouillon de poule, la purée de pomme de terre, le plateau de pommes et de raisin, les pommes de terre au four, le maïs grillé, les choux de Bruxelles, le gâteau au chocolat, la tarte à la citrouille, le cocktail de fruits, les olives, le céleri et la salade de tomates et laitue.
Alors, il est  13h20, le repas a été servi  et le chef Devlin peut bien s'accorder un moment de détente et enlever ses chaussures. Il a bien mérité son café et sa cigarette, ce ne sont pas les membres de la 71ème Brigade qui vont lui reprocher.
Cette couverture a été très appréciée des lecteurs du Post, car elle est dans la lignée de la série des "Willie Gillis". Elle se veut rassurante sur la façon dont sont traités les soldats, et le peuple Américain peut voir ainsi que Thanksgiving n'est pas mise de côté et que chaque recrue a droit à une attention spéciale à l'occasion de cette fête. Même en temps de guerre, les traditions sont respectées. C'est sûr, les soldats seraient mieux dans leur foyer pour  Thanksgiving, mais au moins, les gens savent que la dinde est au menu de ce jour spécial.
Le Post et Norman Rockwell ont reçu de nombreuses lettres de remerciement pour cette couverture.
Une fois encore, Rockwell a pris un soin tout particulier à la description de la tenue du cuisinier. Regardez la foison de détails, comme les traces de gras sur le devant du tablier, les allumettes coincées sous l'attache, le torchon sur l'épaule. Et les godasses... Vous avez vu les godasses?! Aussi fatiguées et avachies que le cuistot ! Tout dans sa façon de tenir la tasse et la cigarette exprime la lassitude dûe au surplus inhabituel de travail. Et son regard et sa moue en disent long sur le boulot accompli.
Mais sûr que demain, il se lèvera à nouveau de bonne heure pour assurer sa tâche quotidienne.
Il est à noter, et c'est plutôt rare, que pour une fois une couverture de Rockwell est en adéquation avec un des articles du journal, " Woes of an Army Cook" (Les Malheurs d'un Cuistot de l'Armée) écrit par Earl Wilson, fameux chroniqueur de l'époque.

*"Norman Rockwell Museum", Stockbridge, Massachusetts
                             
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212eme couverture #212 1942 12 26 Merry Christmas (? x ?cm)

Hitler, Japs, Bomb, Nazi, Pay Taxes, War, Ennemy, Salaries Frozen, Raids... Que des mots négatifs dans la presse qui relate, hélas, le quotidien de la guerre!
Heureusement, tel un diable sortant de sa boite, le Père Noël arrive à l'heure, balayant tout ce pessimisme d'un revers de la main, et il balance au lecteur un "Merry Christmas" complice, qui se veut rassurant.
Pendant quelques heures, le monde va poser les armes le temps de fêter Noël, mais reprendra le combat sitôt la fête finie.
Rockwell était en train d'achever sa série des "Four Freedoms" et bien qu'il ait un peu ralenti ses autres activités, il se sentait un devoir moral de soutenir les troupes en publiant à temps ce magnifique Père Noël.
C'est un certain George W. Wheeler qui servit de modèle pour cette couverture

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