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Dans les précédentes pages, nous avons vu que Rockwell était très éclectique et très prolifique.
Il faut dire que son talent était reconnu, son travail éprouvé, et les résultats assurés pour les commanditaires.
Mais quel regard portait Rockwell sur la pub?


Le texte ci-dessous est un condensé d'un extrait du livre
  " MY ADVENTURES AS AN ILLUSTRATOR " par THOMAS ROCKWELL ( © CURTIS PUBLISHING COMPANY 1960 - Pages 98 à 100 )

Il n'aimait pas les contrats qui l'engageaient à long-terme avec une société. " C'est comme comme un sac plein de cailloux attaché à votre cou ", disait-il.
" Chaque fois que vous avez une idée et que vous commencez à la mettre en image,  le contrat, - comme le sac de cailloux est là qui rebondit  sur tout votre corps à chaque pas - le contrat donc vous rappelle que votre idée doit être encadrée par ses termes exacts. Le contrat restreint ma liberté, et ma liberté est quelque chose que j'aime par-dessus tout, surtout en ce qui concerne mon travail."
" Mais mon problème vient que la moitié du temps, je sais ce que je veux, mais que l'autre moitié, je ne suis plus sûr. Mon esprit est clair pendant une minute, puis embrumé pendant la suivante. Et quand on ajoute qu'on m'offre de grosses sommes d'argent pour effectuer mon travail, vous avez une idée de par quoi je passe quand on me propose un nouveau travail "

pubs 11
1921 An Orange Crush !

" En 1921, Orange Crush m'a demandé une série de 12 illustrations pour leurs sodas, payée 300 dollars pièce ! Une somme énorme à l'époque, que je n'ai pas pu refuser (Par exemple,  une voiture Maxwell valait 885 dollars en 1922)!
J'ai fait les trois premières illustrations sans aucun problème. Puis, j'ai commencé à éprouver des difficultés à propos de la place de la bouteille dans la scène. Elle devait être mise en évidence, avec la marque bien lisible."
" Bon, me dis-je, j'ai un homme et une femme assis dans une voiture., et ils vont boire un Orange Crush, la boisson délicieuse. ( Il fallait que je me répète les slogans pour stimuler mon enthousiasme... ).La fille boit à la bouteille. Comment ? Pas possible ? Bon, l'étiquette doit être visible. Non, sa main recouvre l'étiquette. Bon, alors l'homme va tendre la bouteille à la fille. Non encore! Car il va masquer une partie de la marque. Bon, on va essayer de poser la bouteille sur le tableau de bord. Non ! Il semble ainsi qu'Orange Crush ne soit pas la chose la plus importante de leur vie. Alors que cela devrait l'être ! Les jeunes américains, c'est bien connu, ne font rien sans Orange Crush, c'est la boisson des mariages, ils se réveillent avec, la boivent au petit déjeuner, et s'en délectent jusqu'à ce que l'extase rosisse leurs joues... ! "
"Finalement, après toutes ces considérations, j'ai mis l'homme en dehors de la voiture avec la femme qui lui tendait la bouteille du bout des doigts. J'ai rajouté des petites fleurs de Printemps et un ciel bleu pour accentuer le plaisir de boire un Orange Crush."
"Voilà ! Et je n'en étais qu'à la quatrième illustration ! Vous pouvez imaginer dans quel état je me trouvais quand je suis arrivé à la fin de la série. Je rêvais d'Orange Crush, des longues rangées de bouteilles, de toutes les tailles, des grandes, des petites, qui me fonçaient dessus, toutes avec des étiquettes parfaitement lisibles. Je m'en réveillais la nuit en criant " Orange Crush, Orange Crush ! "
C'est ce contrat qui m'a fait refuser tous les autres. Plus jamais je ne signerai d'autres contrats à longue durée comme celui-ci."

J'ai connu d'autres illustrateurs qui ont signé des contrats longue-durée. Ils pensaient réaliser un beau coup.C'est ce qu'ils ont fait, en effet, un beau coup financier. Mais cela les a fini.
Un de ces gars que j'ai bien connu , McClelland Barclay, qui avait fait quelques couvertures pour le Post signa un de ces contrats et peignit donc un grand nombre de publicités pour le carossier " Fisher ".
" Eh bien plus aucun annonceur ne fit appel à lui, car il était clairement identifié comme faisant partie de Fisher, McClelland Barclay était " Fisher "!
Mon dégoût pour les contrats peut sembler être une excentricité de ma part, mais un contrat d'exclusivité est la fin de tout ! Un illustrateur ne devrait jamais s'autoriser par son acceptation que son travail ne soit reconnu que comme l'identification à un seul produit. Le plus simple moyen de vous couper la gorge est de devenir connu comme l'homme de Johnny Walker ou celui du savon Lux"

" Un des plus tragiques exemples de ce que peut faire un contrat à un illustrateur est celui de Leslie Thrasher, ( 1889-1936 ) celui-là même qui peignit une des plus célèbres couvertures de toute l'histoire du Saturday Evening Post. Cette couverture parut le 03 octobre 1936 et représentait une cliente qui, avec son doigt relevait la balance pour faire baisser le poids, alors que le boucher appuie son doigt de son coté pour augmenter le poids ! Et chacun ignorant ce que fait l'autre, les yeux rivés sur l'aiguille ! Des gens pensent encore que c'est moi qui ai fait cette couverture, j'ai même gardé des lettres de félicitations !" ( Il avait fait aussi d'autres couvertures pour le Post  et des publicités pour différents commanditaires )
Un jour, Thrasher est venu me voir pour me demander mon avis sur un contrat que lui avait proposé le magazine " Liberty ", pour lequel il avait déjà fait de nombreuses couvertures.
C'était un contrat d'exclusivité d'une durée de cinq ans pour faire cinquante couvertures par an payées 1000 dollars pièce !"
"Je peux vivre avec 10.000 $ par an, et ainsi en économiser 40.000 chaque année. Dans 5 ans, j'aurai 200.000 $ et je serai à l'abri pour le reste de mes jours ", me dit Thrasher.
"Je ne pense pas que quelqu'un puisse faire déjà 50 couvertures en un an, alors pense donc, pendant 5 ans ! "lui répondis-je.
" N'accepte pas ", luis dis-je encore, tu travailleras toi-même à ta propre mort. Et quand le contrat sera fini, qu'est-ce que tu feras ? Plus personne ne voudra faire appel à toi !"
" En fait il ne savait pas trop et voulu faire un essai.
Mais finalement, il signa le contrat. Liberty imagina une famille idéale que Thrasher devait mettre en images. Et il se mit au travail, une couverture par semaine. Il n'a pas duré un an. Après huit ou neuf mois, sa maison brûla, et il était si fatigué par la somme de travail fourni qu'il attrapa une pneumonie contre laquelle le peu de défenses qu"il avait encore ne purent rien faire, et il en mourut. Mais ce pauvre gars n'aurait jamais pu mener à terme son contrat. Un an peut-être, mais en aucun cas cinq ans ! Personne n'aurait pu. 50 couvertures par an ? C'est beaucoup trop."

Pubs02
1928 Wholesome Refreshment

" Au fil des années, j'ai accepté de faire plusieurs séries de publicités, mais je n'ai jamais accepté l'exclusivité d'une marque. Je voulais garder mes autres passions, les couvertures du Post, les illustrations.
J'en ai fait pour Coca-Cola, mais une seule par an, et je n'étais pas obligé. Il n'y avait pas de contrat, et je pouvais refuser leur demande.
J'essayais de n'accepter que les travaux que je pensais que j'apprécierais de faire. Le peu de fois où j'ai accepté des publicités dont je pensais que je n'en aimerais pas la réalisation, j'ai toujours eu effectivement des gros problèmes avec.
Une fois, j'ai cédé à un représentant qui m'a "tanné "pendant des semaines pour que j'accepte de faire la pub des cigarettes " Arrows " J'ai finalement accepté pour me débarrasser de lui. Il m'a envoyé les scénarios des pubs, et je trouvais bizarre que l'on ne voyait personne fumer de cigarettes, on ne voyait que différents types d'homme.
Quand j'ai eu fini la première illustration, j'ai compris pourquoi. Il s'agissait en fait de tabac à chiquer, et je devais recommencer. J'ai décidé d'arrêter, et  Arrows m'a mis au tribunal. Les mois suivants furent plutôt difficiles à vivre, mais je fus condamné à ne pas faire de pubs pour d'autres fabricants de tabac à chiquer. Ouf ! "

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A PROPOS DE
sep1938

Non contentes de demander à Rockwell de créer des illustrations publicitaires pour vanter leurs produits, de nombreuses marques lui demandèrent de figurer en personne sur leurs réclames ! C'est qu'il faisait vendre, le bougre !
Une des premières pubs où il apparut fut pour un fabricant de couleurs et de matériel d'artistes, "Devoe". D'ailleurs on remarque sur cette pub de 1922 un tableau du peintre qui fit la couverture du magazine Life du 1922 06 01 , "The Runaway". Beaucoup des pubs où Rockwell apparait ont trait à du matériel pour les artistes, comme vous pouvez le voir ici, ou encore .
Mais pas que ! Car le nom de Rockwell devenant de plus en plus connu, on le retrouve sur des pubs aussi différentes que les tuyaux en laiton d'"American Brass", l'après rasage "Aqua Velva" (dont il avait déjà fait deux publicités, voir "Pubs 01" ), le fameux "Dictaphone", ancêtre des magnétophones de poche (mais là, il fallait une grande poche !) L'occasion sur cette pub de nous montrer également trois œuvres du peintre, "New TV Set" du 1949 11 05, un "portrait de Charles Roland" de 1950 et une des illustrations du livre "The Adventures of Tom Sawyer" - daté de 1936 - "The Schoolmaster flogging Tom Sawyer".
On le retrouve aussi en train de peindre une carte pour "Hallmark" (Rockwell est d'ailleurs toujours un des illustrateurs les plus vendeurs pour cette compagnie !), ou bien vantant la convivialité d'avoir du vin pour ses invités.
Rockwell étant indissociable de sa fameuse pipe, le fabricant de tabac "Edgeworth" s'est dit que le peintre ferait un support plus que crédible pour ses produits, nous présentant au passage une illustration qui aurait dû être une couverture du Post mais ne fut jamais publiée...Du tabac, on passe au cuir avec le portefeuille "Amity" et une photo des trois enfants du peintre.
Et quoi de mieux que des voitures américaines? Une Lincoln 59 pour emmener ses tableaux, et une Chevrolet Laguna pour aller au musée !
Et sur quelques une des pages de ce site, vous pouvez également retrouver le peintre pour des concours comme "Skippy" (Voir page "Pubs 12") ou "Kellogs" (Voir page "Pubs 05") ou pour vanter les mérites de la mousse à raser "Mennen" (Voir page "Pubs 15").
Un petit peu d'argent de poche pour les faux-frais n'a jamais nui...

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